Lorsque Mattia Binotto a pris les rênes de Sauber pour lancer officiellement la transition vers le projet Audi F1, il savait que le chemin vers le sommet serait escarpé. Directeur du département moteur puis de l’équipe complète chez Ferrari, il n’était pas étranger au défi qui l’attendait.
Bien que les débuts n’aient pas été des plus faciles, avec deux abandons avant même le départ lors des deux premières courses, l’équipe a tout de même présenté une base de départ efficace, avec des points à la clé dès la première course en Australie, des débuts qui satisfont le patron du projet.
"J’aurais signé pour cela" a déclaré Binotto au site officiel de la F1. "Il est très facile de se tromper. Certaines équipes sont en difficulté. Il n’y a rien de fondamentalement mauvais dans notre voiture ou notre projet, ce qui est le plus important car une fois que vous avez un problème de fond, vous devez courir après le temps pour le corriger."
"Vous dépensez alors beaucoup d’énergie, de temps, de capacité et de budget pour régler les bases. Comme je pense que nous n’avons pas de problèmes fondamentaux, nous pouvons nous concentrer réellement sur nos projets pour franchir les prochaines étapes."
Audi a apporté une évolution très importante lors des tests de Bahreïn, au point que cette version B a été l’une des attractions des tests faits à Sakhir. Le châssis est plus performant que le moteur chez Audi, et Binotto accepte cet état de fait puisque c’est un nouveau motoriste.
"Nous sommes conscients que si je regarde la performance globale et l’écart avec les meilleurs, c’est sur l’unité de puissance elle-même qu’il y a le plus de gain à aller chercher. La majeure partie de notre retard vient du moteur, ce qui n’est pas une surprise."
"Nous nous y attendions. Nous savons à quel point il est difficile de construire une toute nouvelle unité de puissance, donc ce n’est pas quelque chose qui nous surprend ou nous déçoit. Non, c’est un fait."
"Nous savions que ce serait le plus grand défi. Nous savions que c’est là qu’il y a le plus de performance à gagner, car je pense que l’écart est significatif, principalement sur le moteur, mais nous avons des plans pour le développer."
"Cela fait partie de notre voyage. Nous avons fixé un objectif global pour 2030, pas par hasard, car nous savions combien de temps cela prendrait. Nous nous concentrons sur notre situation actuelle et sur ce qui est nécessaire."
Concernant le déficit de performance moteur par rapport à Mercedes ou Ferrari, Binotto précise qu’il ne s’agit pas seulement de puissance pure, mais de plusieurs domaines, comme on peut s’y attendre pour un nouveau projet. Il est admis qu’il faudra probablement au moins un an, voire plus, pour se mettre au niveau.
"Ce n’est pas seulement de la puissance. C’est l’efficacité énergétique, le déploiement de l’énergie, mais aussi la maniabilité du moteur lui-même. Quand on parle de souplesse, cela concerne aussi les changements de rapports, qui sont très brusques pour nous en ce moment."
"La voiture est instable au freinage et à l’accélération à cause de la brutalité des changements de vitesses. Peut-être que l’étagement des rapports n’est pas le bon. Il y a énormément à gagner sur la souplesse de conduite, autant que sur la performance pure."
"Je pense que si l’on fait la somme des deux, performance et souplesse, cela peut représenter jusqu’à une seconde par tour. Je pense que pour la voiture elle-même, côté châssis, nous avons fait du bon travail. La majeure partie de l’écart vient du moteur. Nous y arriverons."
Avec une nouvelle voiture et un moteur tout frais à mettre en piste, Audi n’a pas pu gérer certaines choses, dont le départ de Jonathan Wheatley, et l’annulation de deux courses a été en cela une nouvelle positive.
"Je pense que c’est vraiment une chance pour nous car, depuis les essais hivernaux, nous avons été vraiment concentrés sur la résolution de tous nos problèmes, en nous assurant d’être prêts et d’avoir trouvé des solutions pour l’événement suivant."
"Cette préparation de course a été très chronophage pour nous. Une fois que vous êtes complètement absorbé par la préparation, vous ne pouvez pas développer comme vous le souhaitez."
"Donc cet arrêt en avril, qui n’est pas un arrêt total évidemment, est très important pour nous regrouper, nous reconcentrer sur les prochains développements et nous assurer que nous ne nous contentons pas de réparer les problèmes, mais que nous développons correctement."
La plupart des écuries, y compris Audi, avaient initialement prévu d’apporter de nouvelles pièces à Bahreïn ou en Arabie saoudite ainsi qu’à Miami, et il est probable que nous voyions des packages d’évolutions conséquents regroupant toutes ces nouveautés lorsque la F1 se rendra aux États-Unis le mois prochain.
"J’entends que beaucoup d’équipes apporteront des packages de performance là-bas. Je pense que ce sera la même chose pour nous. La vitesse de développement de ces nouvelles réglementations est encore très élevée."
"Donc oui, nous apporterons certainement un package significatif par rapport à ce que nous avons utilisé par le passé. Les règlements étant si récents, il n’est pas surprenant que les évolutions puissent être aussi importantes. Voyons ce qu’il en sera."
"C’est une compétition relative, je ne sais pas si notre package sera plus important que celui des autres. Mais je suis satisfait de ce que nous avons fait et développé. Je suis confiant sur le fait qu’avec les évolutions que nous apportons, nous pourrons au moins continuer à nous battre là où nous en sommes aujourd’hui."