Ce Grand Prix à Miami voit l’introduction de changements règlementaires salués par chacun pour le moment : pilotes, fans, mais aussi directeurs d’écurie.
Dans le paddock de Floride, Mattia Binotto, le PDG d’Audi F1, a été ainsi interrogé sur les évolutions apportées par la FIA. Pour rappel, ces évolutions visent notamment à réduire les effets de super-clipping et de lift and coast. L’énergie récupérable par tour peut être limitée à 7 MJ par tour contre 8 MJ auparavant sur les circuits qui le nécessiteront. En parallèle, la puissance maximale du super-clipping a été portée à 350 kW contre 250 kW précédemment.
« De grands efforts ont été accomplis, bravo à la FIA et aux équipes. Par ailleurs, cela n’a pas beaucoup affecté le roulage. Miami n’est peut-être pas le circuit où l’on peut le voir le plus et pour nous, les Libres de vendredi ont été tellement chaotiques que nous n’avons pas remarqué la différence » commentait ainsi hier Mattia Binotto, avant les qualifications sprint.
« Mais globalement, à la fin, même de l’extérieur, les fans qui regardent ne s’en apercevront probablement pas. Peut-être que le pilote ressentira une amélioration. De nouvelles améliorations pour l’avenir pourraient encore être nécessaires, cela a donc été notre premier grand effort ensemble, mais il y a encore beaucoup à faire. »
Le super-clipping semble avoir été bien moins présent sur un tour rapide : c’était effectivement un grand point faible de la révolution réglementaire de 2026, personne n’appréciant de voir, en qualifications, un pilote lever le pied.
« Le fait de ne pas rouler à fond n’est pas une bonne raison » confirme Mattia Binotto.
« Dans le passé, lorsqu’il fallait économiser beaucoup de carburant, ils ne roulaient pas à fond non plus. Donc encore une fois, je ne peux que répéter ce que disent nos pilotes : ils sont très positifs quant à la réglementation. Ils apprécient la voiture, et je ne suis pas certain que tous les autres pilotes ne l’apprécient pas. La réglementation est différente de celle du passé, oui. Les pilotes doivent s’adapter, oui. Un style de pilotage différent est requis, oui. Mais cela reste de la F1. Cela reste un défi. C’est toujours de la course et de la bagarre en piste, se battre pour le meilleur tour en qualifications, en course, et à la fin il y a un gagnant, un perdant, et c’est pour cela que c’est notre sport. Dans l’ensemble, je ne suis pas d’accord avec [ceux qui critiquent les changements et le règlement. »
Ce Grand Prix à Miami est important pour Audi en ce qu’il voit les débuts d’Allan McNish, comme nouveau directeur de course, maintenant que Wheatley est parti à la surprise générale.
Pourquoi Mattia Binotto (le supérieur de McNish) l’a-t-il choisi ? Que pourra-t-il apporter à l’équipe ?
« Allan, tout d’abord, est une personne formidable. Il a été un grand pilote, il connaît très bien Audi, il connaît la course, ce que cela implique, il comprend le langage des pilotes, il sait ce que signifie être sur le muret des stands, non seulement parce qu’il a été pilote mais aussi parce qu’il a été directeur d’équipe en Formule E. Il connaît donc le paddock, les journalistes. Il est très impliqué avec tous nos partenaires, c’était donc une décision facile et un excellent choix. Et pour moi, globalement, il est important de l’avoir sur les circuits. »
« Je peux lui faire totalement confiance grâce à son expérience. Déjà lors de la première séance, il s’est facilement intégré dans notre organisation et cela m’a en quelque sorte aidé. Je ne suis pas présent sur toutes les courses et c’est lui qui représentera l’équipe en piste ; là encore, il s’en sortira très bien. Je n’ai aucun doute. Il a prouvé ses capacités par le passé et de plus, il semble déjà apprécier son rôle. Je l’ai vu sur le muret des stands avec le sourire, même pendant une séance chaotique, comme je l’ai mentionné. C’est donc un bon début. »
Pour le moment, les débuts du projet Audi se passent bien : l’équipe a marqué des points, se retrouve régulièrement dans le top 10 ou non loin, et l’ambiance dans l’équipe est fort bonne. Mattia Binotto peut-il cependant faire un point de l’intérieur sur le projet Audi, sachant que l’objectif reste le titre en 2030 ?
« De toute évidence, pour nous, il s’agit également d’un nouveau départ en tant que projet, le projet Audi F1, en passant de Sauber à Audi. Il s’agit d’une toute nouvelle réglementation et je dois dire que, dans l’ensemble, nous sommes satisfaits de ce que nous avons accompli jusqu’à présent. Il est très facile de faire des erreurs en F1 et on peut voir autour de nous que d’autres équipes éprouvent plus de difficultés. Ainsi, en tant que toute nouvelle équipe, tout nouveau constructeur, nous sommes satisfaits. »
« Être satisfait ne veut pas dire se contenter de cela. Il y a beaucoup à venir. Notre ambition est très élevée. Notre ambition à long terme est immense, et lorsque l’on observe les performances en piste, il subsiste un écart important avec les meilleurs concurrents, ce qui n’est pas une surprise. Les meilleures équipes sont des organisations très fortes, bien établies, et nous savons que pour combler cet écart, il reste beaucoup à faire. »
Quelles sont encore les lacunes structurelles d’Audi, selon Mattia Binotto ? Le châssis ? L’unité de puissance ? Les deux ?
« Le personnel, la taille de l’équipe, les infrastructures, les capacités, les outils. Mais en évaluant les performances en piste, le plus évident est l’écart que nous accusons au niveau de l’unité de puissance, ce qui, là encore, n’est pas une surprise pour nous, c’était attendu. En étant un tout nouveau motoriste, on peut s’attendre à un tel écart par rapport aux meilleures organisations. »
« Mais nous avons des plans pour l’avenir. Il ne s’agit pas de désespérer. Au contraire, il s’agit d’évaluer notre position. C’est un grand écart, un écart immense, c’est certain, mais nous avons un plan de développement pour l’avenir et nous nous concentrons là-dessus. »
« Pour en revenir au châssis, j’ignore où il se situe globalement dans la hiérarchie, mais je suis satisfait car il n’y a pas de problèmes fondamentaux avec le châssis lui-même ou l’aérodynamique. La voiture se comporte comme prévu. Elle se comporte bien, en corrélation avec la soufflerie et le simulateur, ce qui constitue la base principale lorsque l’on doit développer une monoplace. Nous n’avons pas de problèmes de surpoids, ce qui est une chance pour nous étant donné l’historique de notre équipe, et c’est un élément qui nous met dans la bonne position pour développer davantage la voiture. Je suis donc ravi de ce que nous avons développé sur le châssis. Autant concernant le moteur, je précisais que l’écart est significatif et qu’il provient principalement de l’unité de puissance, mais je reste satisfait de la manière dont l’équipe travaille et de ce qui a été accompli jusqu’à présent dans notre parcours. »
La journée de tournage réalisée par Audi pendant la trêve a-t-elle aussi apporté quelques leçons ? Notamment sur les départs, un des autres grands points faibles, puisque Nico Hülkenberg et Gabriel Bortoleto perdent régulièrement des places à l’extinction des feux verts… ?
« En ce qui concerne la journée de tournage, filmer en était l’objectif principal. Pas de sourires, c’est vrai. Et oui, nous avons profité de l’occasion pour effectuer quelques départs. Si l’on regarde le départ que nous avons pris au Japon, par exemple, il y a eu beaucoup de patinage sur les deux voitures. Donc, en termes de procédures, les pilotes n’ont en quelque sorte pas appliqué les bonnes méthodes au départ. Mais la raison pour laquelle les deux pilotes ont commis cette erreur est que nos calibrages, nos réglages, nos logiciels et nos stratégies sont encore tellement immatures actuellement, changeant d’une course à l’autre ; car vraiment, en tant que tout nouveau constructeur, là encore, avec la fiabilité et les logiciels de contrôle, c’est un développement continu qui fait qu’ils n’ont jamais eu la chance de pouvoir s’entraîner sur un système stable. »
« À cet égard, plus ils s’entraînent - et encore une fois, ici à Miami, plus ils s’entraînent - plus il sera important pour eux d’avoir au moins un départ standard. Notre départ ne sera probablement jamais exceptionnel avec le matériel actuel dont nous disposons, mais il ne s’agit certainement plus de se qualifier en Q3 pour finalement se retrouver 19e à la fin du premier tour. Il y a une grande marge de progression. »
Puisque selon Mattia Binotto lui-même, c’est l’unité de puissance qui est le point faible d’Audi, l’Italien compte-t-il sur l’ADUO (les mécanismes de rattrapage sur l’unité de puissance prévus par la FIA) pour combler ce retard ? Audi est-elle bien assurée d’être dans les 2 % requis pour bénéficier d’un coup de pouce ? N’est-ce pas un peu le flou, notamment suite au rejet de la procédure d’urgence pour Honda ?
« Nous ne sommes pas dans le flou car, dans les faits, il y a une réglementation en place et cette réglementation indique en quelque sorte clairement où nous en sommes, la date à laquelle l’évaluation sera terminée - c’est-à-dire après la sixième course du calendrier - et ce qu’il adviendra en cas d’ADUO, ou disons, d’écart par rapport aux meilleurs, avec l’opportunité d’obtenir un budget de développement supplémentaire et des heures de banc d’essai additionnelles. Nous ne sommes donc pas dans l’incertitude. »
« Ce dont nous avons discuté ces dernières semaines avec la FIA, c’est de la manière dont nous pourrions éventuellement soutenir les constructeurs qui sont en réelle difficulté, très en retard sur leurs plans ou programmes. Et jusqu’à présent, nous n’avons pas trouvé d’accord, mais cela ne signifie pas que nous sommes dans le flou. Cela signifie simplement que nous nous en tenons à ce que nous avons actuellement. La FIA reviendra très certainement avec de nouvelles discussions et nous serons bien sûr favorables à l’idée d’en débattre avec eux. »