Autrefois pilier de Red Bull dans l’ombre des dirigeants Christian Horner et Helmut Marko, Jonathan Wheatley est maintenant le team principal d’Audi F1. Une nouvelle équipe, un nouveau constructeur et un nouveau pays, le jour et la nuit par rapport à son ancienne base de Milton Keynes.
Un énorme changement qui s’est déroulé juste avant une nouvelle génération de voitures, lors du plus grand remaniement réglementaire de la discipline, ce qui lui a fait vivre une année particulièrement chargée en 2025.
"Cela a été absolument incessant" confie Wheatley à The Independent. "Il est désormais la figure de proue et le directeur d’écurie du projet F1 d’Audi, qui débute concrètement la semaine prochaine lors de l’ouverture de la saison à Melbourne."
"Le temps a été, de loin, le plus grand défi. Je dois être partout à la fois : 24 courses, des déplacements en Allemagne et la vie en Suisse. J’aime voyager, donc ce n’est pas pesant. Mais les 12 derniers mois sont passés en un clin d’œil."
Audi, connue sous le nom de Sauber jusqu’à ce que le rachat par le géant allemand soit officialisé cette année, était en fond de peloton après une saison 2024 très difficile, et Wheatley se préparait à un changement radical de perspective en quittant Red Bull.
"J’avais certainement des idées préconçues sur l’équipe avant de venir ici. J’avais un plan d’attaque et je dirais que je m’y suis tenu. Quand vous arrivez dans une équipe qui est engagée dans un parcours avec de grandes aspirations, vous commencez par des débuts modestes."
"Nous n’avons pas la profondeur de banc des plus grandes équipes. À quoi cela ressemble-t-il ? Notre effectif tourne autour de 350 personnes, alors que celui de Red Bull est proche de 900. C’est ce qui sous-tend une structure vraiment solide."
"Par exemple, pour l’instant, si un préposé au pistolet pneumatique ne peut pas assister à une course, nous n’avons pas quelqu’un du même niveau pour le remplacer. Donc, cette force et cette profondeur signifient essentiellement que vous ne travaillez pas sur le fil du rasoir."
Le retour en forme de Sauber en cours de saison 2025 avait de quoi impressionner. Le sommet fut Silverstone, où Nico Hülkenberg est remonté de la 19e à la troisième place pour signer le premier podium de l’équipe en 13 ans.
"J’étais dans ma zone de confort. J’ai été dans ces situations un million de fois. Je n’étais pas plus anxieux que je ne le suis maintenant au cours de cette conversation."
"Mais je me suis retourné et toute l’équipe avait explosé derrière moi. Je me suis dit ’oh, d’accord, oui, c’est vraiment un événement majeur !’. Cette effusion d’émotion, la joie sur les visages des gens... ce fut un moment charnière pour moi."
La plongée d’Audi en Formule 1 est nouvelle pour la marque qui a connu le succès partout ailleurs, et Wheatley répète à nouveau le fait que tout le monde dans le team s’implique à fond.
"L’ambition de chaque département... elle est poussée à son extrême limite. Nous créons notre propre voiture, avec notre propre unité de puissance, notre châssis, notre boîte de vitesses. Mais c’est aussi un projet d’infrastructure majeur. C’est un exercice de rebranding complet."
Interrogé sur le partage des responsabilités avec Mattia Binotto, Wheatley détaille leur relation : "Nous sommes très différents, mais c’est comme un diagramme de Venn des responsabilités pour Mattia et moi. C’est étrange à quel point nous sommes alignés, en fait, étant donné que nous venons d’horizons très différents."
Et de confirmer l’objectif de succès au début de la décennie prochaine, ce qui laisse peu de temps à Audi : "Nous voulons nous battre régulièrement pour des victoires et des championnats d’ici la fin de la décennie. Et cela peut paraître lointain. Mais en termes de Formule 1, 2030, c’est demain."
Auparavant considéré comme le bras droit de Christian Horner chez Red Bull, Wheatley est désormais le visage de ce projet aux quatre anneaux et, par conséquent, il s’est installé dans la petite ville de Zoug, en Suisse, avec sa femme Emma.
"Nous buvons des verres de vin en regardant le soleil se coucher sur une montagne. C’est un mode de vie complètement différent. Les routes sont immaculées. Des enfants de huit ans vont à l’école seuls à pied. On dirait une scène de film."