L’ambiance a été particulièrement tendue hier à Suzuka, où Max Verstappen a refusé de débuter sa session média tant qu’un journaliste britannique, Giles Richards, ne quittait pas la salle, donnant lieu à une scène rarissime en Formule 1. Ce dernier a répondu aujourd’hui après l’incident, avec une longue chronique, que nous avons traduite en intégralité en bas de cet article. Un droit de réponse qui nous semble important de relayer tant l’incident a été disproportionné.
Le pilote de Red Bull Racing a donc directement ciblé Richards, présent parmi les reporters, en déclarant sans détour : "Je ne parlerai pas tant qu’il ne sera pas parti."
Face à l’incompréhension générale et après plusieurs échanges tendus, Verstappen a finalement haussé le ton et demandé à Richards de partir avant de répondre aux premières question de toute l’assemblée.
Le journaliste du Guardian s’est dit aujourd’hui "profondément déçu" par cet épisode, qu’il qualifie d’extrêmement inhabituel dans le contexte des relations médias en Formule 1, où l’exclusion d’un journaliste reste très rare.
Il a également tenu à rappeler que leurs interactions, sur plus d’une décennie, avaient jusqu’ici été "amicales et empreintes de bonne humeur", les critiques n’étant formulées "que lorsque cela était justifié".
Richards a néanmoins relativisé l’incident avec recul : "Il existe des problèmes bien plus graves dans le monde qu’un pilote de F1 en colère contre vous pour avoir fait votre travail."
L’écurie Red Bull Racing n’a pas souhaité commenter officiellement cet incident. Toutefois une discussion interne avec Verstappen serait prévue afin de revenir sur cet épisode.
La chronique - réponse de Giles Richards :
"Dans l’ensemble, je bénéficie d’une carrière extrêmement privilégiée, rémunérée pour couvrir la Formule 1, un sport que j’adore depuis 1976. Je rechigne donc à me plaindre, mais j’ai été profondément déçu lorsque Max Verstappen a choisi de m’expulser de sa conférence de presse jeudi, lors du Grand Prix du Japon, à cause d’une question posée en fin de saison dernière."
"Notre première rencontre en 2026 a eu lieu à Suzuka, où il s’est avéré que le Néerlandais avait une mémoire d’éléphant. Lorsqu’il m’a vu, il m’a dévisagé, a souri et a déclaré qu’il ne parlerait pas tant que je serais là. Au cours d’un bref échange de 30 secondes, il m’a dit de « dégager ». On ne m’a jamais demandé de quitter une conférence de presse. C’est extrêmement rare pour un journaliste en F1, et rares sont ceux qui peuvent se souvenir de plus d’un ou deux exemples."
"En plus de dix ans de couverture de ce sport, j’ai interviewé Verstappen une douzaine de fois, toujours dans une ambiance amicale et détendue. Son talent exceptionnel lui a valu des éloges et de l’admiration dans ces articles, tandis que les critiques ont été rares et justifiées."
"Un incident survenu l’an dernier, cependant, a visiblement touché un point sensible. Lors du Grand Prix d’Espagne, Verstappen a percuté la voiture de George Russell, ce qui lui a valu une pénalité de 10 secondes. Il est passé de la cinquième à la dixième place et a perdu neuf points. À la fin de la saison, après une remontée spectaculaire (que j’ai chaleureusement saluée) et un peu de chance, McLaren ayant perdu des points lors des dernières courses, Verstappen a manqué de peu le titre, à deux points près."
"Après la dernière course de la saison à Abou Dhabi, je lui ai demandé ce qu’il pensait de cet incident et s’il avait des regrets, une question qu’il fallait poser. Verstappen s’est offusqué. « Vous oubliez tout le reste de ma saison. Vous ne mentionnez que Barcelone. Je savais que ça arriverait. Vous me faites un sourire idiot. »
"Je ne suis pas sûr d’avoir eu un sourire idiot. J’ai été franchement décontenancé par la véhémence de sa réponse, ce qui a peut-être provoqué un sourire nerveux. Mais je ne trouvais pas ça drôle, et je ne prenais aucun plaisir à me moquer de lui."
"Et puis, direction la conférence de presse au Japon. Après qu’on m’a dit qu’il ne parlerait pas tant que je serais là, je lui ai demandé si c’était à cause de la question posée à Abou Dhabi. Il a confirmé. Une fois de plus, j’ai été surpris. J’ai peut-être esquissé un sourire nerveux, qui sait ? Je lui ai demandé de confirmer si c’était bien à cause de la question sur l’Espagne à Abu Dhabi. Il l’a fait. « Ça vous énerve vraiment autant ? » ai-je demandé, ce à quoi il a répondu : « Dégage. Ouais. Dégage. »"
"Les ordres reçus, je suis parti. Verstappen avait souri tout au long de l’échange. Peut-être appréciait-il simplement ce rapport de force ? La journée a continué ; il y a des problèmes bien plus graves dans le monde qu’un pilote de F1 fâché contre vous."
"Deux heures plus tard, quelqu’un avait retrouvé mon adresse e-mail. « C’est toi le problème. C’est toi l’abruti toxique responsable de tout le favoritisme britannique en F1. C’est le pire », disait le message. Au moins, pour une insulte, les apostrophes étaient bien placées et ce n’était pas écrit au crayon vert. Je n’ai pas regardé X (Twitter) et je n’ai pas l’intention de le faire."
"Mes collègues journalistes étaient tous choqués et se sont inquiétés pour moi. « Sans classe », a dit l’un d’eux avec un mépris flagrant pour le comportement de Verstappen. Je vais bien. Le plus difficile, c’est d’écrire à la première personne. Un journaliste ne veut jamais être le sujet de l’histoire, même si cela semble inévitable maintenant."
"Cet incident et ses conséquences sont néanmoins regrettables. Notamment à cause des accusations de partialité. Au fil des ans, on m’a accusé d’être anti-Lewis Hamilton, anti-Sebastian Vettel, anti-n’importe quel pilote. Mon seul et unique objectif est de rapporter les faits avec honnêteté et impartialité."
"J’admire toujours Verstappen et j’espère que nous pourrons entretenir de meilleures relations à l’avenir. Il faut parfois poser des questions difficiles, voire délicates. C’est le revers de la médaille."