Les critiques de Max Verstappen à l’égard de la réglementation de la Formule 1 ne font pas l’unanimité dans le paddock ou en dehors. Mais pour Alexander Wurz, elles sont non seulement compréhensibles, mais aussi nécessaires.
L’introduction de cette génération de règles, marquée notamment par une utilisation accrue de la puissance électrique et une gestion énergétique plus poussée, divise les pilotes. Plusieurs d’entre eux dénoncent des monoplaces trop complexes et moins agréables à piloter, avec une priorité donnée à l’économie d’énergie plutôt qu’à la pure bataille en piste.
Dans ce contexte, Verstappen s’est montré particulièrement vocal ces dernières semaines, exprimant ouvertement ses frustrations face à cette orientation technique, au grand dam de certains acteurs du championnat.
Président du Grand Prix Drivers’ Association (GPDA), Wurz estime toutefois que ce type de prise de position est légitime.
"Max est en réalité l’un des meilleurs membres du GPDA," a-t-il déclaré dans le podcast Lift and Roast. "Il a aussi clairement indiqué qu’il voulait voir la F1 évoluer, parce qu’il tient sincèrement à ce sport. Il l’aime."
L’Autrichien rappelle que l’association regroupe l’ensemble des pilotes de la grille et vise justement à faire entendre une voix commune.
"Au sein du GPDA, les 22 pilotes sont membres, donc dans ce sens, il n’y a pas beaucoup de désaccords. Mais notre plateforme est désormais utilisée pour leur permettre de s’exprimer d’une seule voix, et les décideurs doivent écouter cela."
Or, selon Wurz, cette écoute n’a pas été suffisante dans le cadre de l’élaboration des nouvelles règles.
"Je dois être très honnête, et aussi critique : par le passé, nous étions beaucoup plus impliqués, de manière plus intensive et fréquente, dans la conception des nouvelles réglementations que cette fois-ci," regrette-t-il.
Des alertes avaient pourtant été lancées en amont.
"Il y a quelques années déjà, nous avions prévenu que les exigences énergétiques extrêmes allaient devenir incontrôlables. C’est pour cela que nous en parlons aujourd’hui."
Le débat dépasse la seule complexité technique et touche aussi au plaisir de pilotage. Certains pilotes estiment que ces nouvelles règles nuisent aux luttes en piste, tandis que d’autres y voient un défi technique stimulant.
Sur ce point, Wurz se montre partagé.
"C’est une question difficile. D’un côté, avec un esprit technique, je sais que j’apprécierais le défi consistant à trouver des solutions le plus rapidement possible et à travailler plus dur pour réussir. Après tout, on ne vient pas ici juste pour s’amuser, il faut remettre les choses en perspective."
"Les pilotes font cela parce qu’ils sont des athlètes, ambitieux, et qu’ils veulent gagner. Et gagner signifie travailler dur et tout donner. Que certains trouvent cela plaisant et d’autres difficile importe peu. Ils sont là parce qu’ils ont du talent et veulent gagner, c’est le sommet du sport automobile. Ce sont toujours les voitures les plus rapides."
Malgré cette nuance, le message du président du GPDA est clair : il soutient pleinement la position du quadruple champion du monde.
"Mais je comprends aussi Max, à 100 %," conclut-il. "Je l’ai déjà dit, mais nous devons tous l’écouter. Je suis de son côté."
"Nous n’en sommes qu’au début, donc il y a encore beaucoup de discussions. Nous devons tous nous y habituer, les équipes aussi. Mais cela va s’améliorer."
Wurz ne nie pas enfin qu’une partie de la frustration de Verstappen vient aussi de la compétitivité de son équipe.
"Quand j’observe la consommation d’énergie de Red Bull à Suzuka et sa gestion, force est de constater qu’ils sont à la traîne par rapport à la concurrence, du moins comparés à Mercedes et Ferrari."
"La façon dont les autres gèrent leur énergie n’arrange rien au moral de Verstappen."