À dix semaines seulement du début des essais hivernaux de 2026, la Formule 1 entre dans la phase la plus cruciale de sa révolution technique. Jamais depuis l’introduction des hybrides en 2014, les équipes n’avaient eu à affronter une transition aussi radicale : nouveau règlement aérodynamique, nouvelle architecture moteur, carburants durables, pneus inédits et aucune pièce reprise des saisons précédentes, ou presque.
Lors du point presse organisé par la FIA à Las Vegas, quatre voix clés du paddock ont détaillé l’ampleur des défis qui les attendent.
Simone Resta, directeur adjoint de Mercedes F1, n’a pas cherché à minimiser la montagne qui se dresse devant les ingénieurs.
"Merci de rappeler qu’il reste dix semaines, ce qui rend les choses assez difficiles. Les défis techniques sont nombreux, à la fois sur le châssis et du côté de l’unité de puissance. Nous avons une toute nouvelle motorisation, mais aussi l’arrivée des carburants durables pour la première fois. Côté châssis, tout est nouveau : nouvelle configuration aérodynamique, nouveaux pneus, limites de poids très exigeantes et de nouvelles obligations en matière de sécurité. Il n’y a pas de reprise de pièces. Le défi est immense."
La FIA voulait un reset complet. Les équipes, elles, doivent désormais l’assumer. Chez Red Bull, l’ingénieur en chef Paul Monaghan a résumé la situation avec humour… et lucidité !
"Tout est un défi. Et il reste dix semaines. Oui, c’est un peu choquant, n’est-ce pas ? Nous avons aussi un nouveau moteur, fait maison. Quelle chance ! Quel privilège ! Il y a les carburants durables, quelques modifications subtiles du moteur thermique, mais c’est un défi que nous devons tous relever. Et au niveau du châssis, la seule pièce reprise sera probablement le mécanisme de retrait rapide du volant. Une voiture entièrement nouvelle, un nouveau moteur, un nouveau règlement, un fonctionnement inédit sur la piste, et encore quelques incertitudes pour les modes aéro sous la pluie. 2026, c’est remettre le compteur à zéro et repartir. OK, faisons-le !"
Le sarcasme masque mal la réalité : personne ne sait où se situera la hiérarchie en 2026. Chez Aston Martin, le directeur sportif Andy Stevenson insiste sur l’essentiel : la compétitivité.
"Le plus grand défi dans nos esprits, c’est de battre ces gars-là (Mercedes et Red Bull, à ses côtés). C’est ce qu’on va essayer de faire. Dix semaines après l’une des plus longues saisons de notre histoire, on se dirige vers 2026 avec le plus grand changement réglementaire que nous ayons jamais connu : nouvelles voitures, nouveaux pneus, nouveaux moteurs… Beaucoup de choses sur lesquelles se concentrer, mais c’est un défi que nous apprécions. Cela fait longtemps que nous parlons de 2026. Les pièces du puzzle s’assemblent : un nouveau responsable du design, Adrian Newey ; un nouveau partenaire moteur, Honda ; les carburants durables avec Aramco, l’une des plus grandes entreprises au monde et experte dans leur développement. Un défi que nous avons vraiment hâte de relever."
Nikolas Tombazis, directeur technique monoplace de la FIA, connaît bien les deux facettes du sport. Côté équipe et côté législateur ces dernières années. Il est l’un des architectes de ces règles. Alors quels seront les gros défis pour les équipes ?
"En répondant après eux, je ne vais rien dire de très nouveau. Mais je me souviens très bien, lorsque j’étais de l’autre côté, qu’un des grands défis est de travailler dans le noir. Vous ne savez pas où en sont les autres. Vous ignorez s’il vous manque une seconde à rattraper ou si vous êtes en avance et sur le point de commencer la saison en gagnant… ou en pleine détresse. L’angoisse de l’inconnu est psychologiquement très éprouvante pour les équipes."
"De notre côté, à la FIA, le défi est de boucler toutes les zones grises du règlement. C’est un changement énorme dans la structure et dans la manière de traiter de nombreux sujets. Nous travaillons avec les équipes pour résoudre les petits détails… jusqu’à l’instant présent."