Sam Michael (à droite sur la photo) a effectué une longue carrière en F1, chez Lotus, Jordan, Williams et McLaren. Dans le podcast Beyond the Grid de la Formule 1, il a été interrogé sur les deux pilotes avec lesquels il a travaillé, ayant eu le plus grand talent naturel.
Selon lui, il s’agit du septuple champion du monde Lewis Hamilton, qu’il a côtoyé chez McLaren en 2012, et de Heinz-Harald Frentzen (à gauche), avec qui il a remporté deux Grands Prix en 1999 chez Jordan.
"Lewis Hamilton et Heinz-Harald Frentzen" a donc répondu Michael. "Tout le monde a entendu parler de Lewis, mais pas autant de Frentzen. Mais si l’on parle de talent de pilotage pur et naturel, Lewis et Heinz le sont à coup sûr."
"Les choses que vous les avez vues faire dans des circonstances délicates, extraire de la performance et de la vitesse de voitures qu’ils n’avaient pas l’habitude de piloter, notamment face à leurs coéquipiers, tout s’accumulait. C’est le cas de Heinz-Harald Frentzen chez Jordan et de Lewis Hamilton chez McLaren."
"Je pense que les performances en course ont également été déterminantes. Il y a tout un ensemble en termes de capacité de pilotage. Donc, si vous vous concentrez sur le talent, c’est ce qu’ils ont obtenu lors des qualifications et de la course."
Frentzen "sortait des sentiers battus"
Sam Michael a découvert ’HHF’ lors de son premier test pour Jordan, peu après le Grand Prix du Japon 1998, à Suzuka. L’Allemand y a découvert la voiture et le moteur, et s’est alors lancé dans des tests extrêmes qui ont surpris, puis rassuré, l’ingénieur.
"Il est venu à l’usine et a procédé à quelques ajustements de siège avec Andy Stevenson et moi-même pendant un week-end, parce qu’il a ensuite effectué le test après Suzuka, à la fin de l’année 1998. Ce que j’ai compris très vite avec Heinz, c’est qu’il essayait des choses vraiment extrêmes en matière de réglages à Suzuka lors de ce test."
"Les réglages étaient très extrêmes, à tel point que l’on savait qu’ils n’allaient pas fonctionner. Mais ce que j’ai remarqué, c’est que Heinz pouvait piloter avec ces réglages, ce qui était déjà impressionnant en soi."
"Ensuite, on s’est rendu compte qu’il se créait une enveloppe pour comprendre comment la voiture fonctionnait. Je pense qu’il voulait juste construire un maillage, si vous voulez, pour dire ’OK, c’est ce qu’elle fait quand je fais cela’."
"J’étais son ingénieur, et mon impression était un peu chaotique. Mais après coup, on s’est rendu compte qu’il ne faisait que noter des points, ’OK, ça fait ça quand je vais là’. C’était donc très agréable, il sortait vraiment des sentiers battus et était très heureux d’essayer des choses qui étaient tout simplement folles en termes de réglages."
Que manquait-il alors pour un titre ?
Frentzen a longtemps été vu comme un champion du monde en puissance, notamment après avoir fait équipe avec Michael Schumacher, mais Sam Michael explique que ce qu’il manquait à HHF se situait ailleurs.
On sait que lors de son passage chez Williams, son mental a évidemment pâti du statut de top team de l’équipe, où Frentzen a paniqué devant l’enjeu. Ce n’était pas le cas quand il jouait le rôle d’outsider dans une équipe plus en retrait.
"Il y a beaucoup de choses qui font un pilote et son package. Ce n’est pas seulement sa capacité naturelle à piloter, c’est aussi sa capacité à communiquer avec les gens et à travailler au sein d’une équipe."
"La capacité à gérer ses émotions et à comprendre quand c’est le bon moment d’être émotif et quand ça ne l’est pas. Il y a aussi le travail d’équipe, le fait de travailler avec les mécaniciens et les ingénieurs qui vous entourent et de tirer le meilleur d’eux."
"Toutes ces choses s’additionnent pour faire un pilote complet. Même si je n’ai jamais travaillé avec lui, il faut regarder quelqu’un comme Michael, parce qu’il était du côté opposé. Il cochait toutes les cases à cet égard."
"Dans les premières années, Michael, Heinz et Karl Wendlinger étaient les trois principales superstars du programme de voitures de sport Mercedes. L’un d’entre eux est devenu sept fois champion du monde, et le fait que Heinz n’y soit pas parvenu est dû à de nombreux autres facteurs qui ont contribué à ce résultat."