Chargement ...

Gasly a mis ’des années à accepter’ la perte d’Anthoine Hubert

"Honnêtement, je n’arrive toujours pas à y croire"

Par Emmanuel Touzot - 13 janvier 2026 - 16:24
Chargement ...

Pierre Gasly est revenu sur l’un des pires moments de sa carrière, avec le décès de son ami Anthoine Hubert au Grand Prix de Belgique 2019, lors de la course de F2 du samedi après-midi, après un effroyable accident dans le Raidillon de l’Eau Rouge à Spa-Francorchamps.

Le pilote Alpine F1, qui disputait à l’époque sa deuxième saison complète et venait d’être rétrogradé chez Toro Rosso, raconte qu’il a perdu en une fraction de seconde un ami de toujours avec qui il avait grimpé les échelons du sport automobile.

"Nous avons participé à ce programme entre 10 et 15 ans" a déclaré Gasly auprès de F1.com dans le podcast Off The Grid. "Il y avait 15 pilotes français prometteurs et talentueux, et Anthoine était l’un d’entre eux. Nous étions colocataires. Nous étions camarades de classe."

"Nous prenions le petit-déjeuner ensemble, allions en cours ensemble, déjeunions ensemble, nous entraînions ensemble. Et si je faisais 13 pompes, il en faisait 14. Puis je recommençais, pour en faire 15. Nous nous poussions mutuellement à donner le meilleur de nous-mêmes."

Gasly reconnait qu’il a immédiatement compris ce qui venait de se jouer au moment du crash, quand il a quitté la zone médias après la qualification de la F1, et qu’il a rejoint le paddock de la F2, où sa famille avait rejoint celle d’Anthoine Hubert.

"J’ai toujours essayé de regarder la course de F2, et j’ai vu l’accident, le drapeau rouge, et au début, je ne savais pas qui était impliqué, mais ça avait l’air grave. Mon team manager m’a dit qu’Anthoine était impliqué."

"Dès que j’ai terminé le briefing, j’ai couru vers l’espace d’accueil pour essayer d’obtenir plus d’informations. En descendant les escaliers, j’ai aperçu au loin mes parents en larmes. Malheureusement, j’ai tout de suite compris ce qui s’était passé. C’est juste de la douleur."

"Ce n’était qu’une question de temps avant qu’Anthoine n’accède à la F1. Cela semblait être son destin, mais ce n’était pas la première fois que je devais vivre ces émotions avec l’un de mes amis les plus proches. J’avais perdu un ami de chez moi deux ans auparavant, et deux ans plus tard, cela arrive à Anthoine, avec qui j’étais extrêmement proche."

Le dimanche a été brutal, et Gasly admet qu’il lui a fallu du temps pour comprendre ce qu’il avait vécu, et le fait qu’il venait de perdre un de ses meilleurs amis sur un circuit, sans s’y attendre et alors que les décès sur les pistes mondiales n’étaient plus

"Dix-huit heures plus tard, vous vous rendez au Grand Prix. Tout ce que les gens peuvent me demander pendant tout le week-end, c’est à quel point je me sens mal à propos de ma rétrogradation, etc., et je me dis que, dans l’ensemble, il y a plus important dans la vie que cela."

"Je connais ce gars depuis si longtemps. Nous avons partagé tant de moments sur la piste et en dehors. Honnêtement, je n’arrive toujours pas à y croire, c’est extrêmement difficile de gérer mes émotions."

"Je pense qu’il m’a fallu des années pour vraiment comprendre ce qui s’était passé et accepter la vie telle qu’elle est. Vos parents vous apprennent beaucoup de choses à l’école, mais ils ne vous apprennent jamais comment vous comporter dans ce genre de situation."

"Une chose que je regrette, c’est qu’à Budapest, après la course, nous sommes allés à une fête avec Anthoine. Je ne voulais pas partir trop tard, alors j’ai quitté la fête plus tôt. J’ai essayé de le trouver, mais je ne l’ai pas trouvé dans le club."

"Je suis sorti du club et, en partant, je l’ai vu. Il était à l’extérieur du club, sur la terrasse. Je lui ai fait signe et je lui ai dit ’Au revoir, passe un bon été, on se reverra à Spa’. Je n’ai jamais eu l’occasion de le revoir avant l’accident."

"J’aurais aimé attendre un peu plus longtemps dans le club pour le serrer dans mes bras ou lui dire au revoir d’une manière un peu différente. Mais cela m’a appris à apprécier les moments que nous passons avec les personnes que nous aimons et à ne jamais rien prendre pour acquis."

Sur une note plus légère, le Français a aussi abordé sa passion pour le monde de la mode, qu’il a beaucoup côtoyé en Italie : "Je vais certainement me lancer dans ce monde à un moment donné. J’aime tout simplement la créativité qui s’en dégage, et c’est pourquoi, en fin de compte, je veux découvrir d’autres univers."

"La première fois que je suis venu à Milan, tous les hommes, toutes les femmes, je les regardais en me disant ’comme ces gens sont beaux !’ Le style, tout le monde est très élégant. De 15 à 75 ans, j’ai vu les grand-mères les plus cool se promener en ville. Quand vous êtes à Milan, quand vous sortez, vous devez vous assurer de porter de beaux vêtements."

Selon le Français, c’est grâce à Lewis Hamilton et à sa manière d’amener la mode dans le paddock de la Formule 1 que cette passion peut désormais être partagée par d’autres pilotes de manière régulière sur les circuits.

"Il est important de dire que sans lui, les choses seraient différentes aujourd’hui. Je pense que Lewis nous a ouvert beaucoup de portes à tous. La mentalité a légèrement changé, surtout si l’on regarde d’autres sports, comme la NBA aux États-Unis, où c’est très différent."

"Je pense que les gens ont beaucoup plus d’espace pour s’exprimer. En fait, je m’entends très bien avec Lewis, je le remercie souvent d’être resté fidèle à ses valeurs et à lui-même pendant toutes ces années, car cela a clairement facilité le parcours des jeunes pilotes comme nous."

Chargement ...

«Officiel : Cadillac F1 dévoile sa livrée pour les essais de Barcelone