Sans surprise, le début de saison en Australie continue de mettre à rude épreuve Aston Martin F1 et son partenaire motoriste Honda. Alors que l’écurie britannique rencontre de graves difficultés de fiabilité et de performance avec sa nouvelle unité de puissance, Adrian Newey a livré un éclairage détaillé sur les raisons qui, selon lui, expliquent la situation actuelle.
Interrogé à Melbourne, le directeur de l’équipe a été questionné sur les similitudes entre les difficultés actuelles de Honda et celles rencontrées lors de ses premières années de retour en F1, notamment en 2015 ou 2017.
Newey estime que la situation actuelle trouve en grande partie son origine dans la restructuration profonde du projet moteur japonais après son retrait du championnat fin 2021.
"Je pense qu’un peu d’histoire est important pour comprendre," explique-t-il. "Honda s’est retiré à la fin de 2021. Ils sont ensuite revenus dans le sport, d’une certaine manière, à la fin de 2022, donc après environ un an – un peu plus d’un an – en dehors de la compétition."
Cette pause a eu des conséquences importantes sur la structure technique du programme moteur.
"Lorsqu’ils ont reformé leur programme, une grande partie du groupe d’origine s’était en réalité dispersée et était partie travailler sur des panneaux solaires ou autre chose. Une grande partie de l’équipe qui s’est reformée est donc en fait nouvelle en Formule 1. Ils n’ont pas retrouvé l’expérience qu’ils avaient auparavant."
À cela s’ajoute un autre facteur structurel majeur : l’introduction du plafonnement budgétaire pour les motoristes.
"Quand ils sont revenus en 2023, c’était la première année de l’introduction du plafond budgétaire pour les moteurs, alors que tous leurs rivaux avaient continué à se développer en 2021 et 2022 avec la continuité de leurs équipes existantes et sans plafond budgétaire."
Selon Newey, Honda a donc repris le projet dans une position extrêmement défavorable.
"Ils sont revenus avec, disons, seulement – j’estime – environ 30 % de leur équipe d’origine, et dans une ère de plafonnement budgétaire. Ils ont donc commencé très clairement avec un énorme retard et malheureusement ils ont eu du mal à combler cet écart."
Newey a également révélé qu’Aston Martin n’était pas au courant du manque d’expérience de la nouvelle équipe moteur de Honda au moment de signer l’accord de partenariat.
"Non, nous ne le savions pas," admet-il. "Nous en avons vraiment pris conscience en novembre dernier lorsque Lawrence [Stroll], Andy Cowell et moi-même sommes allés à Tokyo."
"Ce déplacement avait pour objectif de discuter de rumeurs selon lesquelles la puissance cible du moteur ne serait pas atteinte pour la première course. C’est à ce moment-là que nous avons appris qu’une grande partie des effectifs d’origine n’étaient pas revenus lorsque le programme avait été relancé. Donc non, la réponse est non."
Newey rappelle en effet que le développement du châssis chez Aston Martin a lui aussi débuté tardivement.
"Du côté du châssis, chez AMR, nous avons commencé très tard avec un cycle de développement très compressé. Ce n’est pas pour chercher des excuses, mais cela signifie que nous savions que la première partie de saison serait probablement un peu en retrait."
"Nous pensions néanmoins avoir le potentiel – et je crois toujours que nous l’avons du côté du châssis – pour revenir dans la course. Mais cela aurait été plus simple sans la distraction des vibrations que nous avons aujourd’hui."