Alors que la Formule 1 a récemment mis en pause toute réflexion sur un éventuel retour à des moteurs V8 ou V10 hybrides à l’avenir, l’émergence d’un nouveau projet indépendant, plaçant ces motorisations spectaculaires au cœur de son concept, a commencé à susciter un vif intérêt dans le monde du sport automobile.
Dans un contexte où l’idée que des groupes propulseurs émotionnels constituent l’une des principales attractions du sport est largement partagée, les premiers indices d’un projet baptisé HybridV10 lancé par Anthony Hamilton, le père de Lewis, sont apparus à la fin de l’année dernière avec la mise en ligne d’un site internet. Peu détaillé à l’époque, celui-ci promettait toutefois une philosophie claire : "De la vraie course. Du vrai talent. De la vraie maîtrise. Un vrai son."
Le développement du concept s’est poursuivi en toute discrétion pendant plusieurs mois. Des éléments supplémentaires de sa vision ont été dévoilés via les réseaux sociaux, tandis que les efforts se sont intensifiés pour donner une forme concrète à cette nouvelle catégorie.
Désormais, les grandes lignes de ce championnat inédit ont été révélées. HybridV10 reposera sur deux catégories phares de monoplaces. La première mettra en scène des voitures équipées de moteurs V8 hybrides, tandis que la catégorie reine proposera une classe V10 hybride à aspiration naturelle, pensée pour retrouver l’impact viscéral qui caractérisait les Grands Prix du milieu des années 2000.
Chacune des deux séries devrait aligner une grille de 24 voitures, exploitées par 24 équipes, chaque structure n’engageant qu’une seule monoplace par catégorie. Les voitures seront de conception monotype, avec des évolutions aérodynamiques strictement encadrées. L’objectif est de garantir des machines performantes et fiables, permettant aux pilotes de pousser à la limite, tout en réduisant au minimum l’assistance électronique.
"Mon intention est de supprimer la complexité et de remettre le pilote au centre du jeu," a expliqué Anthony Hamilton à The Race.
"Cela signifie aucune gestion artificielle de la performance - juste de la vraie course. En fin de compte, je veux une compétition pure et authentique, centrée sur le talent du pilote."
Si les moteurs V8 et V10 constituent le cœur du projet, la composante hybride jouera également un rôle clé. Parmi les pistes à l’étude figurent des arrêts aux stands à récupération d’énergie ultra-rapides et des technologies hybrides simples mais innovantes, destinées à ajouter une dimension stratégique sans nuire au spectacle.
L’ensemble du championnat serait basé sur un site unique, le HybridV10 Campus and Centre of Excellence. Ce pôle central accueillerait les installations des 24 équipes, des simulateurs, des programmes de formation pour les pilotes, des laboratoires STEM, des dispositifs d’apprentissage ainsi que des partenariats avec des universités et des entreprises technologiques.
HybridV10 ambitionne d’attirer les meilleurs pilotes disponibles, avec un principe fondateur : les baquets devront être mérités, et non achetés. Les pilotes seront des professionnels rémunérés, et le championnat exclura le recours à des pilotes payants.
Pour garantir une sélection équitable, Anthony Hamilton prévoit de mettre en place une Motorsport Draft League, destinée à orienter des talents confirmés issus de disciplines variées vers les 48 volants disponibles dans les catégories V8 et V10.
Pour accéder à la catégorie V10, les pilotes devront être âgés d’au moins 20 ans et détenir une « super licence hybride », délivrée par une entité dédiée, la Hybrid World Commission (HWC). Cette licence prendra en compte les résultats obtenus dans des championnats professionnels reconnus, mais aussi des critères complémentaires tels que les performances en simulateur, la compréhension technique, la condition physique, la discipline et le comportement professionnel.
Cette approche ouvre la porte à des profils issus d’horizons très divers. Anthony Hamilton évoque la possibilité de confrontations mêlant pilotes du WRC, d’IndyCar, de NASCAR, d’endurance, ainsi que les meilleurs talents des filières européennes de monoplaces.
Parallèlement, HybridV10 souhaite investir massivement dans la formation de la prochaine génération. Les jeunes pilotes seront encouragés à poursuivre une scolarité complète et bénéficieront d’un parcours alternatif baptisé « Sim-to-Seat », offrant une opportunité d’accès à ceux ne disposant pas des moyens financiers traditionnels du karting ou des formules de promotion.
Pour protéger les pilotes et leurs familles, la HWC introduira également un système de licence pour les agents. Celui-ci visera à encadrer et certifier les managers, en imposant un code de conduite strict, des règles de transparence et de gestion des conflits d’intérêts.
Avec la Hybrid World Commission, c’est aussi la mise en place d’un organe indépendant chargé de la gouvernance et de l’intégrité du championnat. Bien que travaillant en collaboration avec les autorités sportives nationales, la série restera indépendante sur les plans commercial et structurel.
Parmi les idées innovantes figure un canal d’intégrité en temps réel baptisé « this isn’t right ». Celui-ci permettra aux fans de signaler, pendant les événements, toute préoccupation liée à l’équité sportive, à la sécurité ou à l’intégrité des procédures.
Le projet prévoit l’organisation d’environ 12 festivals HybridV10 par an, programmés dans la mesure du possible en évitant les conflits avec les grandes compétitions mondiales, dont la Formule 1. Aucun circuit n’a encore été officiellement confirmé, mais l’objectif est de privilégier des tracés homologués FIA Grade 1 et des pistes internationales majeures, en particulier celles absentes du calendrier F1 actuel.
Parmi les options évoquées figurent Sepang, Paul Ricard, Fuji, Istanbul Park, Mugello ou encore Kyalami.
Anthony Hamilton souhaite également structurer le calendrier selon une logique géographique baptisée « Eco Loop », visant à réduire les déplacements inutiles et à favoriser l’ouverture vers de nouveaux marchés. Le principe serait un tour du monde dans un seul sens : Moyen-Orient → Asie → Europe → Afrique → Amériques → Australie.
Chaque festival se déroulerait sur trois jours, du vendredi au dimanche. Les vendredis seraient consacrés aux vitrines technologiques et à l’innovation, les samedis aux courses V8 hybrides et aux initiatives STEM, tandis que les dimanches accueilleraient l’épreuve phare de la catégorie V10 hybride.
Malgré un travail préparatoire déjà conséquent, HybridV10 demeure à un stade précoce. Les prochains mois seront consacrés à la recherche de propriétaires d’équipes, de constructeurs, de partenaires universitaires et stratégiques, ainsi qu’au développement d’une base de fans fondatrice.
En cas de progrès significatifs début 2026, la conception détaillée et la validation des voitures débuteront avec les partenaires au cours de l’année, avant une phase d’essais et de projets pilotes en 2027. Les premiers festivals HybridV10 sont envisagés à l’horizon 2028 ou 2029, en fonction de l’avancement du développement des moteurs et des châssis.
Anthony Hamilton explique que la motivation derrière ce projet est simple, les investisseurs étant déjà prêts à soutenir l’initiative. L’enjeu principal reste désormais l’adhésion du public.
"J’aurais pu tenter de garder cela secret pendant deux ans avant de l’annoncer, mais ce qui compte le plus pour moi, c’est de m’assurer que c’est quelque chose que les fans ont réellement envie de suivre."
"Les investisseurs sont enthousiastes. Je suis enthousiaste. Je veux construire cela avec les fans. S’ils adhèrent à ce que nous faisons et s’y intéressent dès le début, alors nous le ferons ensemble."