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’Je n’ai pas le temps’ : comment l’impatience de Luca de Meo dessert Alpine F1

Szafnauer fait des révélations sur la gestion du team

Par Emmanuel Touzot - 28 juin 2025 - 14:10
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Otmar Szafnauer (photo en haut) a révélé comment Luca de Meo a été le responsable des nombreux changements chez Alpine F1 entre le départ de Cyril Abiteboul en 2021 et son départ en 2025, période durant laquelle on a vu cinq personnes à la tête de l’équipe. L’impatience du PDG du Groupe Renault a causé une vision à court terme pour l’équipe.

"Je ne lui ai parlé que deux fois, trois fois en fait" a déclaré Szafnauer, qui avait à sa charge le fameux projet à 100 courses d’Alpine mais a été viré avant 40 courses, dans le Team Principal Podcast de The Race.

"Une fois, il était très enthousiaste à l’idée de me recruter chez Aston. Il m’a dit qu’il avait besoin de quelqu’un qui avait de bons antécédents en Formule 1, qui savait ce qu’il fallait faire pour gagner et comment mettre sur pied une équipe performante."

"Il avait l’air très passionné par l’idée de réussir. Une autre fois, je lui ai parlé au siège de Renault à Paris. Un entretien rapide d’une demi-heure pour me demander comment ça se passait. C’était vers la fin de l’année 2022 et avant l’année 2023. Je lui ai simplement fait part de nos projets pour 2023."

"La dernière fois que je lui ai parlé, c’était à Montréal en 2023, et je lui ai expliqué qu’il fallait du temps pour changer la culture d’une équipe, surtout si l’on voulait que cette culture soit celle d’une équipe très performante qui repousse toutes les limites pour améliorer les performances sur la piste."

"Sans se soucier de faire des erreurs, car si vous n’en faites pas, c’est que vous ne travaillez pas assez dur. Vous ne repoussez pas suffisamment les limites. Je lui ai dit combien de temps cela devait prendre et il m’a répondu ’je n’ai pas le temps. Je dois faire plus vite’."

Szafnauer n’a même pas eu le temps de boucler ses recrutements, un processus qui prend du temps en Formule 1 : "Certains d’entre eux se sont retrouvés chez Alpine après mon départ. Ils sont restés quatre semaines, puis sont partis."

"Il y a un gars que j’ai recruté chez Red Bull, un excellent aérodynamicien. Je pense qu’il est le seul à être encore là. Il est arrivé après mon départ et il est toujours là aujourd’hui."

"Mais le reste de mes recrues, et il y en a eu beaucoup, ne sont pas venues du tout ou sont venues deux fois - l’une pour quatre semaines, l’autre pour deux/trois mois, et elles sont parties."

"Et ce sont de très bonnes personnes. L’un d’entre eux, je pense qu’il fait partie des meilleurs ingénieurs de simulateurs au monde. Il est passé de Red Bull à Apple, parce qu’Apple allait construire une voiture de route, et il dirigeait la simulation chez Apple à Cupertino."

"Je l’ai fait revenir d’Apple. Il devait rester aux États-Unis pendant plus d’un an pour certaines raisons et nous l’avons soutenu tout au long de ce processus ; il est revenu un mois chez Alpine et est reparti."

Le licenciement de Szafnauer a mis un coup d’arrêt à tout son processus de recrutement, car les personnes qu’il avait fait venir chez Alpine n’ont pas voulu y rester une fois qu’il était parti. Il explique à quel point les changement à la tête d’une équipe font repartir de zéro tout un processus.

"Je n’indique rien que le monde entier ne sache pas. Il suffit de regarder le tableau des constructeurs. Ils sont derniers du championnat des constructeurs cette année. Cela montre qu’une mauvaise prise de décision ou une instabilité à la tête de l’entreprise se traduit toujours par des performances moins bonnes sur la piste."

"Lorsque l’équipe dirigeante change et qu’elle est instable, il y a des gens comme le meilleur spécialiste de la simulation au monde qui part et ne reste que quatre semaines, ou le directeur technique qui part. Et ils sont si nombreux à être partis. Le responsable de la science des véhicules que nous avons recruté est maintenant chez Williams."

"Ainsi, lorsque vous avez un tel roulement au sommet et que les personnes qui effectuent le travail important et possèdent les connaissances nécessaires considèrent qu’il est risqué de travailler ici, elles vont chercher ailleurs et commencent à travailler dans un environnement plus stable."

Szafnauer juge que le départ de Luca de Meo est une "grosse surprise", mais ne sait pas quelles seront les conséquences : "Je ne sais pas si cela a un impact sur l’équipe. Peut-être que Flavio [Briatore] a tout à fait raison. L’impact sera nul. Mais j’imagine que c’est le prochain directeur général ou le conseil d’administration qui en décidera."

"Je pense que si c’était entre les mains du PDG du groupe auparavant, et quand Carlos Ghosn était là, il prenait les décisions concernant la Formule 1, je peux imaginer que Renault laisse cette décision au prochain PDG et nous ne savons pas de qui il s’agit."

Celui qui fut directeur de Force India auparavant salue le profit que fera Renault au moment de vendre l’équipe, et s’interroge de la possibilité que cela arrive rapidement : "Je pense que dans un avenir proche, Alpine ne proposera que des voitures électriques."

"Il n’y a donc pas vraiment de corrélation entre le groupe motopropulseur de l’équipe de Formule 1 et le groupe motopropulseur des voitures Alpine. Peut-être que cela n’a pas d’importance."

"C’était une excellente décision il y a quelques années de l’acheter pour presque rien. Aujourd’hui, l’entreprise est évaluée à plus d’un milliard. Elle pourrait être de 1,2 ou 1,5 milliard, dans cette région. Prenez votre argent et investissez-le dans le cœur de métier."

"Je pense que c’est aussi un facteur à prendre en considération. On peut se dire : ’Vous savez quoi ? J’ai acheté cette équipe pour une bouchée de pain et elle vaut maintenant un milliard ou un milliard et demi. Je vais vendre’."

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