Pour la première fois de son histoire, la F2 va se produire en Amérique du Nord, avec des courses à Miami début mai, et Montréal plus tard dans le mois. La catégorie a trouvé cette solution pour pallier l’absence de Bahreïn et de l’Arabie saoudite, qui ont été annulés à cause de la guerre au Moyen-Orient.
Organiser deux manches multi-courses sur un autre continent avec seulement quelques semaines de préavis n’est toutefois pas une mince affaire. Cela a nécessité la collaboration de multiples parties prenantes, ainsi qu’un promoteur déjà volontaire et prêt au Canada, comme l’a expliqué Bruno Michel, le PDG de la Formule 2.
"Presque immédiatement, alors que nous étions à Melbourne, nous avons senti qu’il pourrait y avoir un problème avec les courses au Moyen-Orient car la guerre avait commencé une semaine auparavant" explique Bruno Michel à RACER.
"Même aller à Melbourne n’a pas été facile en raison de la logistique complexe passant par le Moyen-Orient, ce qui a compliqué le fret, les billets, tout. Pas seulement pour nous, mais aussi pour la Formule 1. C’était assez compliqué.
"Mais ça s’est bien passé et nous avons commencé à regarder les autres possibilités, car à ce moment-là, nous ne savions pas encore avec certitude que les deux courses d’avril n’auraient pas lieu. J’ai eu quelques réunions à Melbourne, principalement avec Stefano [Domenicali] et les responsables de la promotion des courses de la F1, pour voir ce qui était réalisable."
"Évidemment, aller en Chine ou au Japon n’était pas une option, c’était trop proche et difficile, mais nous pensions vraiment qu’il fallait trouver une alternative au cas où Bahreïn et Djeddah ne pourraient pas se tenir à ces dates."
"Pour être honnête, nous avions déjà eu des discussions par le passé [avec le Canada]. C’est comme ça que ça s’est fait avec Montréal, qui nous avait dit ’nous aimerions vous recevoir à un moment donné’."
"C’était assez ironique car je leur avais répondu à l’époque ’2026, le calendrier est déjà bouclé, donc nous ne pourrons pas venir, mais on verra pour l’avenir’. Alors je les ai appelés, j’ai eu une réunion avec eux et j’ai dit qu’il y avait peut-être une possibilité. Ils ont répondu ’oui, nous sommes intéressés, c’est sûr’."
Cependant, avant même d’explorer la logistique, il fallait s’assurer qu’un tel voyage était financièrement viable pour les équipes, pour qui l’engagement des monoplaces coûte cher, et qui font attention à chaque euro ou dollar dépensé.
"Ce que je pensais à ce moment-là, c’était que premièrement, je devais trouver deux courses si possible, et pas une seule. Et deuxièmement, pour des raisons logistiques et de coût, s’envoler pour l’Amérique du Nord avait plus de sens avec deux courses. C’est ainsi que nous avons commencé à discuter avec Miami également."
"C’était pas mal de temps, je dirais, avant que nous ne sachions avec certitude que les deux autres courses n’auraient pas lieu. Et la réponse a été positive du côté de Miami aussi. Quand je dis que c’était positif, on entre ensuite dans les détails de la complexité de la mise en œuvre !"
"Mais c’était une bonne façon de commencer les discussions, disons-le comme ça. Nous avons donc commencé assez tôt. Sachant cela, j’ai passé le message aux équipes à Melbourne lors d’une réunion des directeurs d’écurie, en expliquant que j’allais faire tout mon possible pour remplacer ces deux courses."
La confiance était grande au sein des cadres de la F2 quant à la tenue de la manche de Montréal, mais il fallait que Miami se concrétise, et trouver de l’espace pour courir sur le site entourant le Hard Rock Stadium s’est avéré plus complexe pour plusieurs raisons.
"Pour les deux courses, la situation n’était pas exactement la même. Montréal avait de la place pour nous, la F1 Academy était déjà là et ils avaient de l’espace pour une course de support. Ils avaient aussi de la place dans l’emploi du temps pour intégrer facilement une autre catégorie. Avec eux, c’était plus une question de coûts. Ce n’était pas si difficile sur le plan logistique."
"Miami était complètement différent, car ils avaient déjà signé deux courses de support, Porsche sera là, ainsi que le trophée McLaren. Ils n’avaient pas de place, ils ne nous attendaient pas, et nous avons dû, avec eux, créer un paddock à partir de rien, dans un endroit qui n’était pas prévu."
"Je vous le dis, la logistique, car nous n’y sommes pas encore, ne va pas être simple à Miami ! Mais ils ont été extrêmement serviables. Ils ont trouvé la solution assez rapidement. Ensuite, la question est toujours de minimiser les coûts."
"Je ne parle pas seulement du fret, mais aussi des coûts locaux, car créer un paddock de nulle part... il ne sera pas tout près du paddock F1. C’était vraiment complexe à réaliser. Nous avons dû faire beaucoup d’efforts avec eux pour nous assurer que c’était faisable et que nous pouvions opérer."
"Car il ne s’agit pas seulement d’avoir un paddock, il faut savoir de quoi on a besoin en logistique, avoir accès à la piste pour les voitures, pour les équipes, car elles arrivent avec des chariots, des pneus, des pièces de rechange, tout ce dont elles ont besoin pendant les essais, les qualifications et les courses, et aussi s’insérer dans un emploi du temps où il y avait déjà deux courses de support."
"C’était donc une chose très complexe qui a demandé beaucoup d’efforts de la part de mon équipe, de l’équipe F1 et des promoteurs. Je ne remercierai jamais assez tous ces gens qui ont travaillé sur quelque chose d’extrêmement compliqué pour tout le monde."
Ce niveau de complexité signifiait que le temps pressait. Alors que certains détails étaient encore en cours de règlement, Bruno Michel a dû tenir les équipes informées de l’issue probable, même sans confirmation finale.
"Nous avons mis sur pied quelque chose qui me semblait assez solide pour pouvoir dire aux équipes ’OK, ce n’est pas encore officiel, car nous devons finaliser quelques points, mais tout porte à croire que nous irons à Miami et Montréal’."
"Il a fallu un peu de temps avant de tout finaliser et de pouvoir l’annoncer la semaine dernière. Mais cela a été très compliqué, je dois dire. Compliqué en termes de logistique, de communication, d’accords, et tout le monde a joué un grand rôle. À commencer par Stefano Domenicali, qui a été d’une aide et d’un soutien incroyables, car sans lui nous n’aurions pas pu le faire."
"La FIA également. Comme vous pouvez l’imaginer, quand on fait une chose pareille, il faut impliquer la FIA très tôt, car ils n’avaient pas prévu d’avoir des délégués techniques [pour la F2], ils n’avaient pas prévu d’y installer leur plateforme, il y avait toutes ces choses sur lesquelles ils devaient aussi travailler."
"De plus, nous avions besoin de l’accord du Conseil Mondial du sport automobile pour modifier le calendrier... vous n’avez pas idée du nombre de choses que nous avons dû gérer. Le président de la FIA a également été d’une aide précieuse. Finalement, tout s’est goupillé comme prévu. Voyons comment cela se passera une fois sur place !"