Le départ annoncé de Gianpiero Lambiase vers McLaren aura de nombreuses conséquences en Formule 1, directes et indirectes.
La première, selon Juan Pablo Montoya, est une nouvelle déstabilisation pour Red Bull Racing, qui aurait pu - et dû - éviter ce scénario, au risque de fragiliser sa relation avec Max Verstappen.
Figure centrale de l’ingénierie Red Bull, Lambiase a été l’un des piliers du succès de Verstappen ces dernières années. Ensemble, ils ont conquis quatre titres mondiaux et construit une relation de travail particulièrement étroite depuis leur première victoire commune en 2016, dès les débuts du Néerlandais avec l’écurie.
Cette complicité allait bien au-delà du simple cadre professionnel. Les deux hommes avaient d’ailleurs clairement laissé entendre que leurs trajectoires étaient liées.
"Le jour où Max et moi cesserons de travailler ensemble dans cette structure sera le jour où je serai prêt à relever un nouveau défi," disait-il en 2023. Une vision partagée par Verstappen lui-même : "Je lui ai dit que je ne travaille qu’avec lui. Dès qu’il s’arrête, je m’arrête aussi."
C’est pourtant bien McLaren qui a réussi à attirer Lambiase, officialisant son arrivée en tant que directeur des opérations piste, un poste stratégique au sein de l’organisation : le bras droit d’Andrea Stella.
"Ce rôle existe déjà au sein de l’équipe, avec la responsabilité globale de l’exploitation en piste. Ces fonctions sont actuellement assurées par Andrea Stella en plus de son rôle de directeur d’écurie," expliquait McLaren F1 lors de l’annonce.
Lambiase avait également été approché par Aston Martin avant de choisir McLaren. Son arrivée à Woking est prévue au plus tard en 2028, à l’expiration de son contrat actuel avec Red Bull. Peut-être avant en cas de négociations qui interviendraient si Verstappen quittait Red Bull avant l’heure.
Pour Juan Pablo Montoya, cette situation pose question. L’ancien pilote estime que Red Bull avait les moyens de conserver son ingénieur vedette en lui proposant une évolution similaire.
"C’est intéressant, parce qu’il va maintenant occuper un rôle plus important que celui qu’il avait ou aurait pu avoir chez Red Bull. C’est aussi un poste que Red Bull savait qu’il pouvait obtenir ailleurs."
"Je n’en suis pas certain, mais au vu de tout ce qu’il a accompli, je pense personnellement que Red Bull aurait pu lui offrir ce rôle de directeur adjoint aux côtés de Laurent Mekies."
Au-delà du simple départ d’un ingénieur clé, cette décision pourrait donc avoir des répercussions majeures sur l’avenir de Max Verstappen.
Déjà critique envers les nouvelles réglementations qu’il qualifie d’anti-course, le quadruple champion du monde s’interroge publiquement sur la suite de sa carrière en Formule 1. L’absence future de Lambiase au sein de Red Bull pourrait accentuer les doutes, et ouvrir la porte à un départ anticipé avant la fin de son contrat, fixée à fin 2028.
Montoya n’exclut pas un scénario impliquant Mercedes, dont le directeur Toto Wolff n’a jamais caché son intérêt pour Verstappen.
"Regardez Mercedes. Kimi Antonelli a remporté les deux dernières courses, mais George Russell est soudainement en difficulté. Toto Wolff a toujours été très clair : il veut Max dans son équipe. Cela pourrait être l’opportunité parfaite pour Verstappen."
"Red Bull est du côté le plus lent de cette nouvelle ère. Si cela continue toute la saison, Max cherchera clairement une porte de sortie, un moyen de partir le plus tôt possible."
De son côté, David Coulthard a émis des doutes quant à la présence de Lambiase sur le muret des stands de Red Bull aux côtés de Max Verstappen en 2027.
"Nous pensons qu’il restera sous contrat," confie l’Ecossais, qui garde quelques liens avec Red Bull en tant qu’ambassadeur.
"Mais l’un des points délicats pour l’équipe, c’est qu’il ne peut pas quitter l’usine avec un ordinateur portable contenant toutes les données à la fin de l’année. Alors, qu’est-ce qu’il aura le droit d’emporter avec lui, dans sa tête ?"
"À un moment donné, ils voudront lui dire : ’Écoute, tu ne peux plus travailler sur cette voiture, et encore moins participer aux discussions concernant les développements pour 2027 et au-delà’. Cela crée une situation délicate."
Coulthard estime qu’une telle situation finirait par détériorer la relation et forcerait les deux parties à un compromis difficile. McLaren ferait probablement pression sur Red Bull.
"Cela commence à éroder la relation et à créer un compromis. McLaren espère sans doute que Red Bull libérera GP de son contrat par anticipation, le dispensant ainsi du paiement de son salaire et lui permettant de rejoindre McLaren plus tôt. Mais d’un autre côté, pourquoi prendraient-ils des risques qui avantageraient leurs concurrents ?"