À l’approche des discussions sur la réglementation 2026 à Londres la semaine prochaine, le directeur de McLaren Andrea Stella a confirmé et clairement identifié la priorité de la Formule 1 après les retours des pilotes et des fans : améliorer l’expérience des qualifications, jugée aujourd’hui dégradée par les contraintes énergétiques des nouvelles monoplaces.
Profitant de la pause imprévue en avril, les équipes doivent se réunir avec la FIA et la FOM pour analyser les premiers effets du nouveau règlement technique. Si celui-ci a permis d’augmenter significativement les dépassements en piste, il suscite en parallèle des critiques croissantes de la part des pilotes.
En cause : l’impossibilité de pousser à fond sur l’ensemble d’un tour, notamment en qualifications, en raison des limitations liées à la batterie. Plusieurs pilotes ont déjà exprimé leur frustration face à une expérience de pilotage jugée moins naturelle, en particulier sur un tour lancé.
Avec les nouvelles exigences énergétiques, certains comportements inhabituels émergent. Les pilotes peuvent par exemple lever le pied et laisser rouler la voiture dans certains virages afin d’optimiser la recharge ou l’utilisation de la batterie, ce qui peut paradoxalement améliorer le chrono final lors des phases d’accélération en ligne droite.
Un compromis qui va à l’encontre de l’essence même des qualifications, où l’attaque maximale est traditionnellement récompensée. C’est notamment sur le tracé de Circuit de Suzuka que ces limites ont été particulièrement visibles, comme l’a souligné Stella.
"Je pense qu’en tant que communauté F1, nous avons identifié la priorité numéro un que nous devons régler lors de nos discussions à venir, en dehors des questions de sécurité, que nous avons particulièrement mises en avant chez McLaren, comme les départs ou les risques liés au lift and coast pour la voiture qui suit."
"Du point de vue de la performance et du pilotage, la principale opportunité identifiée concerne les qualifications, et le fait de piloter à la limite de l’adhérence, en s’assurant que les pilotes les plus capables d’exploiter ce grip, et parfois de prendre des risques, soient récompensés."
Stella a illustré son propos avec plusieurs exemples concrets à Suzuka, où certains virages emblématiques ont perdu de leur exigence.
"A Suzuka, en raison du manque d’énergie, nous exposons certaines limites du règlement actuel. Prenez Degner 1 : c’est désormais un virage où l’on lève presque le pied et on laisse rouler la voiture, puis il faut éviter de réaccélérer entre Degner 1 et 2, car cette utilisation de la batterie ne serait pas efficace."
"Pourtant, ce virage a toujours été cité comme l’un des plus difficiles de la saison. Aujourd’hui, en le traversant, on pense à la batterie, pas au fait de gagner un demi-dixième en s’engageant pleinement."
Le constat est similaire dans d’autres portions du circuit.
"C’est aussi le cas du premier virage du Spoon, avec une logique similaire entre la première et la seconde partie."
Pour Stella, ces évolutions vont à l’encontre de l’ADN des qualifications, censées récompenser le talent pur et la prise de risque.
"Les défis de Suzuka en ont souffert, et je comprends que les pilotes poussent la F1 à corriger cela, afin que les qualifications conservent leur excitation, leur défi, leur ADN, celui du moment où le meilleur pilote est récompensé, notamment là où il peut faire la différence par son courage et son talent."
Si le constat est partagé, la solution reste encore à trouver.
"Ce n’est pas évident de savoir comment y parvenir, mais il existe des pistes (à retrouver ici). D’autres réunions auront lieu entre les équipes, la FIA et la F1 d’ici Miami. Voyons quels progrès nous pouvons faire, mais je pense que c’est quelque chose que nous devons mettre en place."