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Moteurs 2026 : la fiabilité pourrait redevenir un facteur clé en F1

Un retour du suspense sur ce point lié au nouveau règlement

Par Franck Drui - 1er janvier 2026 - 18:31
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En Formule 1, la fiabilité est devenue une telle norme qu’elle en a presque fait disparaître une part du suspense. Les abandons mécaniques, autrefois ingrédient central du spectacle, sont aujourd’hui une rareté au point de relever de l’exception. Mais cette ère ultra-fiable pourrait être temporairement remise en question avec l’arrivée des nouveaux moteurs en 2026.

Chez Mercedes F1, le directeur de l’ingénierie piste Andrew Shovlin estime que la prochaine génération de monoplaces introduira davantage de danger de ce côté, en raison d’un risque accru de problèmes de fiabilité à l’échelle du plateau, au moins dans les premiers mois.

Les chiffres récents illustrent à quel point la F1 moderne est devenue robuste. Les saisons 2024 et 2025 ont été les plus fiables de l’histoire des Grands Prix : le taux d’abandon n’y a été que de 10,5 %, calculé en comparant le nombre de partants au nombre de pilotes classés à l’arrivée. Dans la majorité des cas, ces abandons étaient dus à des erreurs de pilotage plutôt qu’à des casses mécaniques ou à des défaillances moteur.

Évidemment, les époques où plus de la moitié du plateau ne voyait pas l’arrivée ne feront pas leur retour. Le dernier exemple remonte à 1994, avec un taux d’abandon de 51,8 %. Mais un soupçon d’imprévisibilité supplémentaire pourrait bien refaire surface au début de la saison 2026.

"Il y aura plus de danger d’abandon, parce qu’il va être extrêmement difficile de rendre ces voitures fiables dans les premiers mois, voire les premières années," explique Andrew Shovlin.

"Lors des deux derniers hivers en essais, je ne crois pas que nous ayons eu un seul drapeau rouge dès le premier jour."

"Il y a beaucoup de travail sur bancs d’essai et de vérifications, mais on a dix équipes qui construisent des voitures avec 8 000 à 9 000 composants, qui s’assemblent tous et roulent ensuite de manière fiable pendant deux jours d’essais sans qu’aucune ne tombe en panne. C’est un exploit impressionnant, et c’est là où la F1 est arrivée aujourd’hui."

Selon Shovlin, la rupture technologique à venir rendra cet objectif beaucoup plus difficile à atteindre.

"Cependant, l’ampleur des changements et les nouvelles technologies introduites l’an prochain vont rendre cela très compliqué. Et je pense que, soudainement, la fiabilité va redevenir un facteur différenciant, comme elle ne l’a pas vraiment été ces deux dernières saisons."

Ces propos ne traduisent pas une inquiétude spécifique concernant le moteur Mercedes, mais relèvent d’un constat général sur le type de course que la F1 pourrait proposer en 2026. Introduire des groupes propulseurs entièrement nouveaux est un défi colossal, qui mettra tous les motoristes à l’épreuve.

Surtout, ces moteurs ne tourneront en conditions réelles qu’à partir de janvier, les phases de développement s’étant jusqu’ici limitées à la simulation ou aux bancs d’essais. Un scénario qui rappelle celui de 2014, lorsque Renault avait rencontré de lourds problèmes, tandis que Ferrari avait également connu ses propres difficultés. Sans oublier Honda et sa terrible première saison en 2015 !

L’histoire récente montre que les grands changements réglementaires s’accompagnent presque toujours d’une hausse du nombre d’abandons. En 2014, lors de l’introduction des moteurs V6 turbo hybrides de 1,6 litre, le taux d’abandon atteignait 21 %. Un chiffre qui a été finalement assez bon après des essais hivernaux à Jerez, où le roulage avait été extrêmement limité.

En 2022, avec l’arrivée des monoplaces à effet de sol, le taux d’abandon s’élevait à 17 %, contre 13 % l’année précédente. Et en 2017, l’introduction des voitures plus larges et à fort appui avait fait bondir ce chiffre de 17 % à 23 %.

Cela dit, la F1 moderne a aussi prouvé sa capacité à apprendre vite. En 2014, il semblait presque impossible d’avoir suffisamment de voitures à l’arrivée pour attribuer les points pour les dix premières places en Australie. Finalement, 14 monoplaces avaient vu le drapeau à damier, même si l’une d’entre elles n’était pas classée.

Malgré cette capacité d’adaptation, l’année 2026 pourrait, au moins temporairement, réintroduire une dose de dramaturgie liée à la fiabilité. Un élément parfois suffisant pour transformer un Grand Prix monotone en une course passionnante.

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