Le paddock de la Formule 1 est habitué aux décisions audacieuses. Mais parfois, l’audace frôle l’incompréhensible. Et selon David Coulthard, Aston Martin F1 a franchi cette limite en propulsant Adrian Newey au poste de directeur d’écurie.
Présentée initialement comme un coup de maître - confier les rênes à l’un des plus grands cerveaux techniques de l’histoire du sport - cette décision suscite désormais de nombreuses interrogations, alors que la campagne 2026 de l’écurie britannique s’enlise dans les difficultés. Les problèmes de fiabilité liés au groupe propulseur Honda, notamment de fortes vibrations, compliquent la tâche des pilotes Fernando Alonso et Lance Stroll, contraints de lutter davantage contre leur matériel que contre leurs adversaires en piste.
Dans ce contexte, Coulthard n’a pas mâché ses mots. Lui qui connaît parfaitement Newey pour avoir collaboré avec lui chez McLaren puis Red Bull Racing estime que cette promotion n’est pas adaptée au profil du Britannique.
"Moi, ayant passé la majeure partie de ma carrière à travailler avec Adrian, je ne l’aurais jamais vu comme directeur d’écurie," affirme l’Écossais.
"C’est quelqu’un de guidé par la technique, c’est un compétiteur, c’est un résolveur de problèmes d’un point de vue technique."
C’est précisément là que réside, selon lui, le cœur du problème : le génie de Newey s’exprime dans la conception, pas dans la gestion humaine et politique. Or, dans la F1 moderne, le rôle de directeur d’écurie exige autant de finesse politique que de compréhension technique.
"La politique en Formule 1, qui est une grande partie de ce à quoi un directeur d’écurie doit faire face, et celle qui est parfois créée avec les médias également, ce n’est pas du tout son domaine... et surtout à ce stade de la vie d’Adrian, dans la soixantaine."
"Avec les décennies, on se rend compte qu’il y a certaines choses que l’on est prêt à faire et d’autres que l’on n’est plus prêt à faire en vieillissant, parce qu’il y a moins de chemin devant soi que derrière."
Au-delà du rôle lui-même, Coulthard pointe également la manière dont cette décision a été présentée publiquement. Soutenue par le propriétaire de l’écurie, Lawrence Stroll, cette nomination s’inscrivait dans une vision à long terme. Mais la communication autour de ce choix aurait, selon lui, produit l’effet inverse.
"C’est un projet sur le long terme, donc je suis curieux, au-delà de la déclaration que nous avons eue de Lawrence Stroll réaffirmant qu’Adrian est un partenaire de l’équipe," explique-t-il.
"Il possède des parts et ils avancent ensemble avec le plan initial. Je pense que c’est surtout une réévaluation de ce qui était une décision à court terme, et qui s’est en réalité transformée en une sorte de but contre son camp en matière de communication, parce que cela a suscité beaucoup de questions, la majorité des gens se demandant : ’est-ce que cela peut vraiment fonctionner ?’."
"Maintenant, c’est un peu comme on le pensait : cela n’allait jamais fonctionner."