Adrian Newey parle rarement, mais lorsqu’il le fait, c’est pour offrir une plongée unique dans l’esprit du concepteur le plus influent de l’histoire moderne de la Formule 1.
Alors que le paddock se tourne déjà vers la révolution réglementaire de 2026, l’ingénieur britannique a livré une réflexion profonde sur l’évolution du métier, le rôle grandissant de l’informatique et ses limites, ainsi que sur l’immense défi technique qui attend les équipes.
"Je suis dans le métier depuis longtemps, depuis mon diplôme en 1980. J’ai vu beaucoup de changements depuis, en particulier avec l’avènement de l’ère informatique et la profondeur dans laquelle nous pouvons désormais aller dans nos recherches," explique le consultant technique d’Aston Martin F1.
Selon lui, les outils numériques modernes offrent une puissance d’analyse incomparable, mais ne remplacent en rien la créativité : "Ces outils nous permettent d’aller beaucoup plus loin dans la compréhension, mais ce ne sont que des outils. Il faut toujours un être humain pour avoir les idées, puis pour utiliser ces outils de la meilleure manière possible."
Newey détaille ensuite la complexité du chantier que représente la prochaine F1, encore au stade conceptuel mais déjà monumentale.
"Si on prend l’exemple actuel, avec le grand changement réglementaire de 2026, nous essayons de comprendre les implications de ces nouvelles règles, y compris la manière dont le groupe motopropulseur, avec sa partie électrique bien plus importante, influence la conception du châssis et la dynamique du véhicule."
Et de confier, lucide : "C’est une équation très compliquée. Même si l’IA progresse très rapidement, nous en sommes encore loin : cela dépend énormément des idées humaines, et c’est vraiment l’essence de la F1, cette capacité à conceptualiser, à réagir vite, à être autocritique."
Newey rappelle également à quel point une Formule 1 moderne est devenue un objet d’une complexité extrême.
"Les voitures de Formule 1 sont devenues des bêtes très compliquées, car l’ère informatique permet des recherches bien plus approfondies. Le résultat, c’est une voiture qui comporte presque 15 000 pièces. Et lorsqu’on regarde une voiture comme celle de l’an prochain, avec le changement majeur de 2026, presque aucune de ces pièces ne sera reprise. C’est un exercice de conception et d’ingénierie titanesque."
Ce qui continue de passionner Newey, après plus de quatre décennies dans le sport, c’est l’architecture globale d’une monoplace et la manière dont les départements interagissent.
"Ce que j’apprécie, c’est d’adopter une vision holistique. Toute équipe de Formule 1 est similaire : elle possède un département aérodynamique, un département de conception mécanique, un département de simulation et un service dédié à l’ingénierie de course. Ce qui m’intéresse, c’est de m’assurer que tout cela fonctionne ensemble, que nous avons un produit unifié, non seulement dans ses détails mais, plus important encore, dans son concept. C’est un processus que je trouve fascinant."