La Formule 1 poursuit donc l’ajustement de son ambitieux règlement 2026. Réunie hier le 20 avril avec l’ensemble des parties prenantes, la FIA a entériné une série de modifications destinées à répondre aux critiques apparues en ce début de saison.
L’instance dirigeante précise que ces évolutions, façonnées à la fois par les retours des pilotes, l’analyse des premières données en piste et une vague de critiques plus large, entreront en vigueur dès le Grand Prix de Miami. L’accent est mis sur deux axes majeurs : la gestion de l’énergie et la sécurité.
Parmi les mesures clés figure une réduction de la récupération d’énergie maximale, accompagnée d’une augmentation de la puissance maximale du superclip, ce mode de recharge électrique accélérateur à fond, ainsi que de limitations de son utilisation en course. L’objectif est clair : contenir les écarts de vitesse trop importants entre monoplaces.
La FIA indique notamment viser une durée maximale de superclip comprise entre 2 et 4 secondes par tour, afin de mieux encadrer son utilisation et éviter les effets de yo-yo en ligne droite.
D’autres changements complètent ce dispositif, comme l’introduction d’un système automatique destiné à prévenir les départs anormalement lents et potentiellement dangereux, ainsi que des ajustements spécifiques pour les conditions de piste humide.
Dans son communiqué, la FIA résume ainsi son ambition : réduire les vitesses de rapprochement excessives tout en maintenant les opportunités de dépassement et les caractéristiques globales de performance.
Mais comment ont été accueillies ces annonces dans le paddock ? Les premières réactions traduisent une approbation prudente, sans illusion sur le fait que ces ajustements suffiront à résoudre tous les problèmes.
Le journaliste Tobias Gruner (Auto Motor und Sport) se montre ainsi réservé quant à l’ampleur des effets attendus.
"Les ajustements effectués avant Miami ne peuvent être qu’une première étape."
Il estime également que "pour améliorer sensiblement la situation, davantage de puissance devrait provenir du moteur à combustion thermique", avant de prévenir que "de tels changements plus profonds pourraient ne pas être possibles avant 2027, voire 2028."
Même tonalité du côté du journaliste néerlandais Erik van Haren (De Telegraaf), qui doute d’un impact immédiat, notamment pour les détracteurs les plus virulents comme Max Verstappen.
"Les changements mineurs actuellement mis en œuvre ne répondront certainement pas encore à ses attentes."
L’ancien pilote Ralf Schumacher, consultant pour Sky Allemagne, voit les choses très différemment.
"D’un point de vue purement politique, la Formule 1 a déjà commis une grave erreur en autorisant cette situation dès le départ, alors même qu’elle reconnaissait une marge de progression. C’est comme renoncer à son propre règlement au lieu de le défendre. C’est comme dire quelque chose dans une entreprise, puis se rétracter."
Du côté des équipes, le discours se veut plus positif. Le directeur de Williams, James Vowles, salue le travail collectif réalisé.
"Ce sont des changements sensés et les équipes, la FIA et la Formule 1 ont accompli un bon travail ces dernières semaines pour parvenir à un accord."
"La F1 a offert de belles courses jusqu’à présent cette année, mais il est normal que nous cherchions toujours à nous améliorer."
Même satisfaction chez McLaren, où le directeur Andrea Stella insiste sur la méthode.
"Le sens des responsabilités et l’esprit de collaboration dont tout le monde fait preuve représentent la meilleure réponse que la Formule 1 puisse apporter à ce stade."
Du côté des pilotes, l’orientation technique retenue correspond globalement aux pistes évoquées ces dernières semaines. Le renforcement de la puissance du superclip, en particulier, faisait partie des solutions jugées prioritaires.
George Russell l’avait d’ailleurs clairement identifié : "Cela, à lui seul, permettra d’éviter de nombreuses situations où il faut lever le pied et économiser de l’énergie."
Il considérait déjà cette évolution comme "une solution évidente".
Le pilote de simulateur Aston Martin, Dani Juncadella, a confié de son côté que de nombreux fans traditionnels se sentent délaissés.
"La question est aussi de savoir quel type de fan nous voulons attirer. Les puristes de la Formule 1 d’antan ne sont pas, à mon avis, très enthousiastes face à la réglementation actuelle. Les améliorations annoncées vont dans le bon sens mais tout ne peut être chamboulé en un mois. Voyons ce que cela améliorera déjà à Miami."
Si ces ajustements devraient améliorer certains aspects du spectacle et de la sécurité, ils s’inscrivent avant tout comme une étape intermédiaire. La complexité du règlement 2026 et les défis qu’il pose laissent penser que d’autres évolutions seront nécessaires à moyen terme.
En attendant, la Formule 1 mise sur une approche progressive et collaborative pour affiner un cadre technique encore en construction, avec Miami comme premier test grandeur nature de ces corrections.