La première séance de qualifications de la saison 2026 de Formule 1, disputée à Melbourne, a confirmé ce que les essais hivernaux laissaient déjà entrevoir : les nouvelles monoplaces souffrent d’un défaut majeur qui altère profondément le spectacle en piste. Entre gestion énergétique omniprésente et ralentissements inhabituels dans les virages rapides, les pilotes n’ont pas caché leur frustration après la séance.
Sur le circuit de l’Albert Park, une portion d’environ un kilomètre regroupe deux des virages les plus spectaculaires du tracé : le rapide virage 6 à droite, aveugle à l’entrée, puis le virage 9 à gauche au bout de la ligne à pleine charge menant aux Esses rapides. Du moins, c’était le cas auparavant.
Avec les nouvelles voitures de 2026, ces courbes ont perdu une grande partie de leur intensité. Le virage 6 reste relativement exigeant, mais le virage 9, autrefois spectaculaire, s’est transformé en passage beaucoup moins impressionnant. Les voitures y ralentissent désormais de plus de 50 km/h à l’approche du virage tout en restant à pleine charge, car le moteur doit fonctionner comme générateur pendant une grande partie de cette section afin de récupérer de l’énergie.
Un phénomène déjà aperçu lors des essais de Bahreïn, mais qui apparaît encore plus marqué en conditions réelles.
Fernando Alonso avait ironisé en affirmant que le chef cuisinier de l’hospitalité Aston Martin pourrait conduire la voiture dans le virage 12. Une remarque qui aurait pu être perçue comme un trait d’humour lié aux difficultés de son équipe… mais la situation observée à Melbourne a montré que ce phénomène touche en réalité toutes les monoplaces.
Comparer ces voitures à leurs prédécesseures n’est pas toujours pertinent, mais dans ce cas précis la comparaison met en lumière l’ampleur du phénomène.
Lors de son tour de pole position, George Russell a atteint une vitesse de pointe similaire à celle réalisée un an plus tôt par Lando Norris dans cette même section du circuit. Pourtant, au moment d’entrer dans le virage 9, la Mercedes 2026 de Russell était environ 30 km/h plus lente que la McLaren 2025 de Norris.
Et surtout, ce ralentissement ne provient pas d’un freinage tardif ou d’un manque d’appui : il s’effectue progressivement, conséquence directe de la gestion énergétique.
Si cette différence était simplement liée à des niveaux d’appui aérodynamique différents, comme c’est le cas dans certaines zones du circuit – par exemple aux virages 1 et 2 ou dans l’avant-dernier virage – la situation serait plus naturelle. Mais ici, la réduction de vitesse ne dépend pas du niveau d’adhérence.
Les pilotes ne cherchent même plus la limite dans ces courbes rapides : ils lèvent volontairement le pied pour optimiser la récupération d’énergie et maximiser la performance dans les lignes droites.
Dans ce contexte particulier, Mercedes a dominé les qualifications à Melbourne. George Russell a signé la pole position devant son coéquipier Kimi Antonelli, confirmant le statut de favori de l’équipe allemande.
Le duo a devancé nettement la concurrence, Isack Hadjar plaçant sa Red Bull en troisième position mais à bonne distance.
La Mercedes semble notamment mieux exploiter le système de déploiement d’énergie : certaines voitures concurrentes terminaient les lignes droites environ 10 km/h plus lentement, faute d’un déploiement électrique aussi efficace.
Comme Max Verstappen (à lire ici), Lando Norris, sixième des qualifications avec McLaren, s’est montré particulièrement sévère envers la nouvelle génération de monoplaces.
Selon lui, le problème principal réside dans la répartition de l’énergie entre moteur thermique et électrique.
"Je pense que tout le monde connaît les problèmes. Le fait que ce soit une répartition 50-50 ne fonctionne tout simplement pas. Le mode ligne droite crée beaucoup d’autres problèmes."
"Vous décélérez tellement avant les virages, vous devez lever le pied partout pour être sûr que la batterie est pleine. Si la batterie est trop chargée, vous êtes aussi coincé. C’est simplement difficile, mais c’est ce que nous avons."
Le Britannique reconnaît que cette situation est frustrante pour les pilotes.
"En tant que pilote, ce n’est pas agréable, mais je suis sûr que George sourit. Il faut simplement maximiser ce que vous avez."
Norris n’a d’ailleurs pas hésité à comparer ces voitures à celles de la génération précédente.
"Nous sommes passés des meilleures voitures jamais construites en Formule 1 et des plus agréables à piloter à probablement les pires. C’est dommage, mais il faut vivre avec."
Isack Hadjar, troisième des qualifications, a lui aussi reconnu ne pas apprécier l’aspect moteur de la réglementation actuelle, déclarant qu’il n’était "pas fan" des nouvelles règles concernant les unités de puissance.
Malgré les critiques, George Russell s’est montré plus nuancé dans son analyse. Le poleman estime que les nouvelles voitures présentent aussi certains progrès, notamment du côté du châssis.
"Les voitures sont plus agiles et on les fait davantage glisser. Il est plus facile de bloquer les roues ou d’élargir la trajectoire, de perdre l’arrière. Cela ressemble davantage à un kart que l’année dernière, où cela ressemblait honnêtement à un bus qui rebondissait."
Selon Russell, si les avis restent partagés, l’évolution du châssis constitue une amélioration.
"Je pense qu’il y a beaucoup d’avis différents sur la réglementation dans son ensemble, mais je pense que les règles concernant les voitures sont clairement un progrès par rapport à ce que nous avions depuis huit ans."
Le pilote Mercedes reconnaît néanmoins que la gestion énergétique impose un nouveau style de pilotage.
"Une fois que vous vous y habituez, cela devient une nouvelle normalité. Est-ce que c’est de la course pure ? Non, probablement pas, mais on finit par s’y faire, et ce n’est que la première course."
Il rappelle également que la FIA travaille déjà sur certains ajustements.
"Je sais que la FIA va apporter quelques changements. J’ai été l’un des pilotes qui ne voulaient pas juger trop rapidement et je pense que Melbourne sera probablement le circuit le plus difficile pour ces moteurs."