La transition est désormais actée : en 2026, l’écurie Sauber a disparu définitivement de la grille pour laisser place au projet officiel d’Audi. Une évolution que son fondateur, Peter Sauber, a eu le temps d’anticiper sans pour autant cacher une certaine émotion.
Interrogé par Auto Action sur la disparition du nom qu’il a porté au plus haut niveau pendant plus de trois décennies, le Suisse adopte un ton mesuré, presque philosophique.
"Commençons par dire que j’ai eu un an pour m’y préparer et, par conséquent, ce n’est pas un choc pour moi. Vous mentionnez le nom Sauber, dont je suis très fier, mais je savais que ce jour viendrait, donc j’ai eu le temps de m’habituer à cette transition naturelle."
Mais derrière cette acceptation se cache une nostalgie plus profonde. Car au-delà du nom de l’équipe, c’est toute une identité historique qui s’efface.
"Ce qui est vraiment triste pour moi, c’est que ce n’est pas seulement le nom Sauber qui disparaît de la Formule 1, le nom de la voiture va perdre le ’C’ que nous avons porté depuis le début, depuis la C1."
Ce fameux "C" n’était pas anodin, il faisait référence à Christiane, l’épouse de Peter Sauber. Une symbolique personnelle forte, aujourd’hui disparue.
"Oui, et maintenant c’est terminé. Audi nomme les voitures selon son propre héritage, donc la voiture de cette année est la R26 et cela marque la fin d’une partie importante de l’histoire pour moi."
Un pan entier de la mémoire du sport automobile s’efface ainsi.
"Nous ne parlons pas seulement des 33 années de Sauber en Formule 1, nous parlons des 55 années durant lesquelles l’entreprise a été impliquée en sport automobile, depuis le moment où j’ai décidé de construire ma première voiture."
Malgré cette douleur, Peter Sauber insiste sur l’essentiel : la pérennité de la structure basée à Hinwil.
"C’est comme si j’avais cette peine mais, d’un autre côté, pour moi, le plus important est que l’entreprise continue d’avancer. Pour le moment, ils ont 800 personnes à Hinwil et elles conserveront toutes leur emploi."
Mieux encore, l’arrivée d’Audi s’accompagne d’investissements conséquents.
"Ils agrandissent l’équipe, ils achètent des terrains supplémentaires et vont construire de nouveaux bâtiments, donc sous le nom Audi, l’équipe progressera, elle aura tous les moyens de progresser. Je pense et j’espère qu’ils auront un bel avenir. Vous voyez, avec un constructeur propriétaire de l’équipe, ils ont comme une garantie."
L’histoire invite pourtant à la prudence, notamment après l’épisode BMW, qui avait racheté l’équipe avant de se retirer. Mais Peter Sauber veut croire à une différence fondamentale.
"Bien sûr, vous vous souvenez, je me souviens et nous nous souvenons tous de ce qui s’est passé avec BMW quand ils ont racheté l’équipe, mais cette fois, j’ai le sentiment que c’est différent."
"Vous voyez, Gernot Döllner, le PDG d’Audi, a fait quelque chose de très intelligent en mettant en place un système très intelligent, car il s’est lui-même intégré au conseil d’administration du groupe Sauber. Je pense que c’est un signal important, non seulement pour l’extérieur, mais aussi pour toute l’entreprise, car les perceptions sont parfois importantes."
Au-delà de la gouvernance, c’est aussi la vision stratégique qui rassure l’homme de 82 ans.
"Quand je lis ses interviews, c’est clair, pour lui, la Formule 1 fait partie de la stratégie future d’Audi, de sa stratégie marketing. Je suis sûr qu’Audi en bénéficiera, à la fois en termes d’image mais aussi financièrement, car aujourd’hui, les équipes de Formule 1 peuvent être très rentables."
Enfin, un dernier élément renforce cette conviction : l’ouverture du capital à des investisseurs qataris.
"Ils ont également franchi une étape très importante et intelligente en faisant entrer leurs actionnaires qataris dans l’équipe de Formule 1. Cela signifie qu’un État très riche et en développement est investi dans le programme Audi en Formule 1 et, pour moi, c’était une étape très importante que je considère comme une garantie pour l’avenir de l’entreprise."
"C’est pourquoi je suis absolument certain qu’ils feront cela très bien."