Alors qu’il espère que tout le monde jouera le jeu pour améliorer les règles de la F1 lors de la réunion du jour, Toto Wolff a par ailleurs haussé le ton à l’approche d’une décision clé de la FIA concernant les opportunités supplémentaires de développement moteur en Formule 1. Le directeur de Mercedes affirme qu’il serait "surpris" et "déçu" si cette mesure venait perturber l’équilibre des forces en tête du championnat, notamment face à Ferrari.
L’instance dirigeante du sport automobile s’apprête en effet à statuer sur les motoristes jugés suffisamment en retrait pour bénéficier des Additional Design and Upgrade Opportunities (ADUO). Ce dispositif pourrait permettre des évolutions moteur en cours de saison, un facteur potentiellement décisif dans la lutte pour les premières places.
Ferrari ne cache d’ailleurs pas ses attentes sur ce point, convaincue de pouvoir intégrer le groupe autorisé à profiter de ces ajustements. Mais du côté de Mercedes, l’analyse interne des performances, notamment sur la partie moteur thermique, ne mettrait pas en évidence d’écarts significatifs entre les équipes de tête.
Wolff estime même qu’un seul motoriste semble réellement en difficulté : Honda. Dans ce contexte, il juge injustifié d’ouvrir la porte à des améliorations pour ses rivaux directs.
"Il me semble qu’il y a un motoriste qui a un problème, et qu’il faut aider," a-t-il expliqué. "Mais tous les autres sont globalement au même niveau."
Dès lors, toute décision contraire serait difficilement acceptable pour le patron de l’écurie allemande.
"Je serais très surpris, et déçu, de voir que les décisions liées aux ADUO interfèrent avec la hiérarchie compétitive telle qu’elle existe actuellement," a-t-il ajouté.
L’argumentaire de Wolff repose sur la philosophie même du système ADUO, qui n’a jamais été conçu pour rebattre les cartes au sommet de la grille.
"Le principe des ADUO était de permettre aux équipes en difficulté de rattraper leur retard, mais pas de dépasser les autres," a-t-il insisté. "Il faut être très clair sur le fait que, quelles que soient les décisions prises et quelle que soit l’équipe qui bénéficie d’un ADUO, l’impact sur le championnat peut être énorme si cela n’est pas fait avec une précision, une clarté et une transparence absolues."
Du côté de Ferrari, le discours est bien différent. L’écurie italienne voit dans ce mécanisme une opportunité de réduire l’écart avec Mercedes, qui domine ce début de saison 2026.
"L’introduction des ADUO sera une opportunité pour nous de combler l’écart," avait déclaré son directeur, Frédéric Vasseur, lors du Grand Prix de Chine.
Selon ses estimations, le déficit de puissance actuel face à Mercedes pourrait atteindre 0,8 seconde. Dans ces conditions, toute aide sur le plan moteur représenterait un atout précieux, d’autant que Ferrari développe en parallèle une série d’évolutions aérodynamiques pour sa SF-26. De quoi potentiellement relancer pleinement la lutte pour le titre.
Mais cette perspective ne fait pas l’unanimité dans le paddock. Certains rivaux de Ferrari contestent l’idée même que son moteur soit réellement en retrait. Ils pointent notamment certains choix techniques, comme un turbo compact ou encore une architecture d’échappement spécifique, qui auraient un impact direct sur le potentiel de puissance, et qui devraient être pris en compte dans l’évaluation globale.
Dans ce contexte, les soupçons de jeu stratégique entre motoristes, certains pouvant être tentés de masquer leur véritable potentiel pour obtenir des concessions, ont renforcé les tensions autour du sujet.
Wolff appelle donc la FIA à faire preuve de la plus grande rigueur.
"Il faut qu’il soit clair que le jeu stratégique n’a pas sa place ici, mais il faut aussi que la FIA agisse avec le bon esprit dans l’attribution des ADUO," a-t-il prévenu.
La décision de la FIA est attendue après le Grand Prix de Miami, moment où elle établira une hiérarchie précise des unités de puissance. Celle-ci déterminera quels motoristes pourront bénéficier d’opportunités supplémentaires de développement, aussi bien pour cette saison que pour 2027.
Le règlement prévoit que les motoristes accusant un retard de 2 % par rapport à la référence puissent effectuer une évolution cette année et une autre l’an prochain. Ceux à 4 % ou plus auront droit à deux évolutions dès cette saison, puis deux supplémentaires en 2027. À l’inverse, le motoriste considéré comme référence sera privé de toute amélioration, ce qui pourrait l’exposer à un retour de ses concurrents.
Malgré les enjeux, Wolff assure que Mercedes aborde la situation avec calme, tout en restant attentive.
"Je ne dirais pas que nous sommes inquiets," a-t-il conclu. "Je pense que nous surveillons tous la manière dont les décisions sont prises."
"Nous disposons de données précises issues de nos propres analyses sur les performances moteur, tant pour nous que pour nos concurrents."
"Je pense que la FIA examine les mêmes données et, très honnêtement, j’espère qu’elle continuera à se considérer comme la garante de l’intégrité du sport."
"Vous ne voulez pas autoriser un ADUO à une équipe qui, soudainement, dépasserait une autre. Les ADUO ont toujours été conçues comme un mécanisme de rattrapage, et non comme un outil pour passer devant."