Renault se retrouve au cœur d’une nouvelle polémique en France. Le constructeur est accusé par le maire de Viry-Châtillon, Jean-Marie Vilain, d’avoir renié ses engagements concernant l’avenir du site historique de moteurs de Formule 1, après l’arrêt du programme de groupe motopropulseur annoncé en 2024.
Dans des déclarations accordées à l’AFP, l’édile dit avoir appris "avec stupéfaction" que Renault envisagerait désormais d’abandonner les projets présentés pour le site de Viry, malgré les garanties fournies lors de l’annonce officielle du retrait du motoriste français de la F1.
"Ils se sont moqués de nous," a déclaré Jean-Marie Vilain, qui a adressé à la presse un communiqué complet à retrouver ci-dessous.
"Ils s’engagent sur quelque chose, puis se rétractent. Le départ de Renault de la Formule 1, c’est un peu comme lorsque la France a arrêté Le France ou le Concorde."
"Les employés, inquiets, sentent que quelque chose tourne mal, malgré plusieurs victoires récentes remportées par Renault en endurance (WEC 2025) et au Dakar."
Des promesses industrielles désormais remises en cause
Selon le maire, Renault s’était engagé à transformer Viry-Châtillon en un centre d’excellence en ingénierie, une fois la fin du développement des moteurs de F1 actée. Plusieurs projets de reconversion avaient alors été évoqués, dont le développement d’un groupe motopropulseur à hydrogène.
Jean-Marie Vilain affirme aujourd’hui qu’aucun de ces programmes ne verra finalement le jour, un revirement qui devrait être officiellement abordé lors d’une réunion du comité social et économique, prévue le 12 février.
Contactée à ce sujet, Alpine n’a ni confirmé ni infirmé les propos du maire, se contentant d’indiquer qu’une réunion avec les représentants du personnel était bien programmée, sans en préciser l’ordre du jour.
Le site de Viry-Châtillon demeure l’un des symboles majeurs du sport automobile tricolore, ayant contribué à plusieurs titres de champion du monde en Formule 1.
"C’est un site historique extrêmement important," a rappelé Jean-Marie Vilain, soulignant qu’Alain Prost avait lui-même posé la première pierre des installations modernes.
"C’est une grosse déception pour le maire et l’enfant de Viry-Chatillon que je suis. L’usine Renault Sport ou Alpine de Viry Chatillon a été créée par le pilote et constructeur de légende Amédée Gordini, c’est un site historique très important pour l’Essonne et pour le sport automobile. Alain Prost était venu poser la première pierre de la nouvelle usine."
Les inquiétudes exprimées par les élus locaux sont partagées par les représentants syndicaux. Ceux-ci ont confié à l’AFP que les départs de personnel se sont accélérés depuis l’arrêt du programme moteur F1, certains ingénieurs ayant déjà rejoint des équipes concurrentes.
"Depuis l’abandon du moteur de F1, on se doute que c’est la fin du site, d’ailleurs beaucoup ont démissionné ou ont été recrutés par d’autres écuries," a indiqué un représentant de la CGT Renault.
Un contexte politique et sportif explosif
Cette nouvelle controverse intervient quelques semaines seulement après les déclarations de Flavio Briatore, conseiller exécutif d’Alpine, qui avait enfin reconnu publiquement être "responsable à 100 %" de la décision de mettre fin au programme moteur d’usine Renault, au profit d’un passage à des moteurs clients Mercedes à partir de 2026.
Un choix stratégique qui alimente les spéculations dans le paddock sur l’avenir de l’écurie basée à Enstone. Selon plusieurs sources, Alpine pourrait à terme être préparée en vue d’une vente, avec notamment l’ancien patron de Red Bull, Christian Horner, régulièrement cité comme potentiel investisseur.
Communiqué de Jean-Marie VILAIN, Maire de Viry-Chatillon et Conseiller régional d’Ile-de-France
La ville de Viry-Chatillon, en lien avec les représentants du personnel d’Alpine, avait pris acte de la décision du groupe Renault, annoncée le 30 septembre 2024 en Comité Social et Economique, de mettre un terme au développement du moteur de Formule 1 sur le site Alpine de Viry-Chatillon.
Si la déception avait été grande, car cela signifiait la fin d’une belle aventure qui avait fait rayonner la France par les nombreux titres de champion du monde obtenus, la Ville, comme les salariés d’Alpine, avait affiché leur esprit de responsabilité en prenant également acte de la volonté du groupe Renault de créer un centre d’ingénierie d’excellence baptisé Hypertech Alpine, qui devait mettre en œuvre les projets de la future Supercar Alpine, le développement d’un moteur hydrogène, prendre en charge le développement des batteries de demain, des nouvelles technologies de moteur électrique, du programme motorsport, tout en participant au championnat du monde d’endurance (WEC) ainsi qu’au rallye Paris-Dakar.
Un comité de suivi, sous l’égide de la préfecture de l’Essonne, avait été mis en place qui s’est réuni deux fois les 8 octobre 2024 et 5 mars 2025 en présence de la préfète de l’Essonne, des dirigeants d’Alpine et de moi-même, pour suivre la mise en place de ce futur centre d’excellence et d’innovation en remplacement du centre de développement des moteurs F1.
Alors que nous souhaitions de nouveau réunir ce comité de suivi pour faire le point, postérieurement à l’arrivée fin juillet 2025 du nouveau dirigeant de Renault, François Provost, faisant suite au départ de Luca de Meo, quelle n’a pas été ma stupéfaction d’apprendre que Renault renonçait à ses engagements concernant le site Alpine, ce qu’il devrait annoncer lors d’un Comité Social d’Entreprise le 12 février prochain.
C’est tout bonnement scandaleux car cela fait fi de tous les engagements qui avaient été pris et réitérés à la Ville ainsi qu’aux salariés lors des deux précédents comités de suivi.
C’est d’autant plus incompréhensible que Renault commençait à connaître de bons résultats après une première victoire historique de l’A424 au championnat du monde d’endurance (WEC) aux 6 heures de Fuji en septembre dernier et une victoire il y a quelques jours au rallye Paris-Dakar. Rappelons que le groupe a annoncé une hausse de près de 7 % de son chiffre d’affaires au troisième trimestre 2025.
J’en appelle donc à la responsabilité des dirigeants du groupe Renault afin que les engagements pris soient respectés, ainsi qu’à l’intervention de l’Etat qui, en tant qu’actionnaire majeur de ce groupe, a le devoir d’intervenir pour assurer le respect de la parole donnée et celui de ses salariés.
Je me réserve le droit de mener toutes les actions possibles contre cette trahison, avec les élus municipaux et les personnels d’Alpine, afin que le site Alpine de Viry-Chatillon reste le centre d’excellence qu’il a toujours été, continuant ainsi de contribuer à la fierté de notre ville et au prestige de notre pays.