Le Grand Prix du Japon pourrait atténuer, au moins en partie, l’un des principaux défauts reprochés à la réglementation 2026 de la Formule 1. Après deux premières manches animées en Australie et en Chine, les débats autour du caractère jugé artificiel des dépassements restent vifs.
Le nouveau partage de puissance - 50 % thermique, 50 % électrique - associé aux boutons Overtake et Boost, a certes favorisé les manœuvres en piste. Mais il a aussi introduit un phénomène critiqué : des dépassements facilités par un surplus d’énergie, suivis de répliques quasi immédiates lorsque les rôles s’inversent sur le plan énergétique.
À Suzuka, cette dynamique pourrait toutefois être moins marquée, notamment en raison du profil du tracé. Directeur de la compétition chez Alpine, Dave Greenwood nous explique pourquoi.
"C’est difficile à dire avec précision pour le moment, mais avec le point de détection des dépassements situé avant le dernier virage, vous bénéficierez du boost sur la ligne droite des stands. Même s’il n’est pas aussi puissant que le DRS, il reste efficace."
"Et si vous dépassez avant le virage 1, il sera très difficile pour l’autre pilote de répliquer immédiatement, car vous enchaînez ensuite avec les Esses et non avec une autre ligne droite."
Si Suzuka pourrait limiter l’effet "yo-yo" des dépassements, le circuit mettra en revanche en lumière une autre faiblesse des monoplaces 2026 : leur déficit d’appui aérodynamique.
"Avec moins d’appui, on verra clairement des vitesses de passage plus faibles au point de corde dans la première séquence de virages, les Esses du virage 3 au 7, et les pilotes utiliseront des rapports plus courts," analyse Greenwood.
À mesure que le tour progresse, les performances devraient toutefois se rapprocher de celles observées en 2025.
"À partir du début du deuxième secteur, du premier Degner jusqu’à l’épingle, les voitures devraient évoluer dans une fenêtre de performance assez similaire à l’an dernier."
Certaines sections emblématiques resteront néanmoins particulièrement délicates. C’est notamment le cas de Spoon.
"L’effet du manque d’appui y sera très sensible. Les pilotes seront plus longtemps limités par l’adhérence, ce qui rendra le passage plus difficile."
"On verra davantage de diversité dans les lignes adoptées, et ce sera crucial, notamment pour la sortie vers la ligne droite suivante."
Même constat pour le mythique 130R, qui ne sera plus négocié à pleine vitesse en raison des nouvelles contraintes imposées aux pilotes.
"C’est un bon effet de ces règles du coup, il faudra un gros cœur pour le passer à nouveau le plus vite possible !"
Au-delà de l’aérodynamique, la gestion énergétique restera déterminante sur un circuit comme Suzuka, caractérisé par ses longues lignes droites et ses enchaînements rapides.
"Ce n’est pas trop mauvais pour la récupération d’énergie, mais cela reste un défi à cause des longues lignes droites," explique Greenwood.
"Nous serons beaucoup plus rapides qu’auparavant en sortie de l’épingle et à la sortie de Spoon."
"Je pense que nous verrons des variations de vitesse au passage du 130R selon les équipes, car personne ne voudra gaspiller de l’énergie en sollicitant trop latéralement les pneus."
"Et on verra probablement des voitures récupérer de l’énergie avant la chicane de la fin du tour."