L’incertitude grandit autour de Max Verstappen. Après un Grand Prix du Japon frustrant, le pilote Red Bull Racing a laissé entendre qu’il profiterait de la longue pause printanière pour réfléchir à son avenir en Formule 1.
Parti seulement 11e sur la grille à Suzuka, le quadruple champion du monde a limité les dégâts en remontant jusqu’à la huitième place à l’arrivée. Une performance modeste, à l’image d’un week-end une nouvelle fois marqué par ses difficultés avec les règles actuelles, notamment la répartition de puissance entre moteur thermique et électrique.
Déjà critique après les qualifications, Verstappen a confirmé que ses propos visaient bien son futur dans la discipline : "Ce que je veux exactement pour l’avenir, c’est bien ce que je vais considérer dans les jours à venir. C’est de cela qu’il s’agit."
Le Néerlandais précise : "Oui, il ne s’agit pas de décisions sur ma vie privée, mais sur ce qui se passe ici (en F1). Je dois voir ce que je veux vraiment. Il s’agit de l’avenir, tout simplement."
La pause imposée au calendrier – après l’annulation des Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite en raison du conflit au Moyen-Orient – tombe donc à point nommé pour mener cette réflexion.
"Oui je vais décider dans les prochaines semaines pendant la pause..." confirme-t-il. "Ou les prochains mois, si je n’ai pas de conclusion claire."
Relancé sur le ton pessimiste de ses déclarations, Verstappen reste philosophe : "La vie continue. La vie ne se résume pas à la Formule 1. Il y a beaucoup d’autres choses que l’on peut faire. Si la F1 veut que je reste, il faut que cela reste amusant."
"En privé, je suis très heureux. On attend aussi 24 courses. Cette fois-ci, il y en a 22. Mais normalement, il y en a 24. Et puis, on se demande si ça vaut le coup. Ou est-ce que je préfère être plus à la maison avec ma famille ? Voir plus souvent mes amis quand je ne pratique pas mon sport ?"
Il a précisé que son mécontentement n’était pas lié au manque de compétitivité de Red Bull en ce début de saison, marquée par les plus importants changements de réglementation de l’histoire de la F1.
"Je peux très bien accepter ma position actuelle, 7e ou 8e. Je sais aussi qu’on ne peut pas dominer, être premier ou deuxième à chaque course et se battre pour un podium. Je suis réaliste là-dessus, et j’ai déjà connu ça. Je n’ai pas seulement gagné en F1."
"Mais en même temps, quand on est 7e ou 8e et qu’on n’apprécie pas le fonctionnement du règlement, ce n’est pas naturel pour un pilote. Bien sûr, j’essaie de m’adapter, mais la façon de piloter n’est pas agréable. C’est même contre-productif. À un moment donné, oui, ce n’est tout simplement plus ce que je veux faire."
"Et bien sûr, on peut y voir une source de revenus importante. Tant mieux. Mais au final, ce n’est plus une question d’argent, car c’est ma passion depuis toujours."
"Enfant, c’est ce que je voulais faire, et à l’époque, je n’avais aucune idée de ce que j’allais accomplir ni des sommes que l’on gagne. On ne pense jamais à ça quand on est enfant. Et ce n’est pas le but."
"Je veux être ici pour m’amuser, passer de bons moments et profiter de la vie. Pour le moment, ce n’est pas vraiment le cas."
"Bien sûr, j’apprécie certains aspects. J’aime travailler avec mon équipe. C’est comme une deuxième famille. Mais une fois dans la voiture, ce n’est malheureusement pas aussi agréable."
"J’essaie. Je me répète chaque jour d’essayer d’en profiter. C’est juste très difficile."
Poursuivant son analyse de son avenir, Verstappen a déclaré : "Voici comment je vois les choses : beaucoup de sportifs nous le disent quand on leur demande comment ils réussissent. Tout commence par le plaisir qu’on prend à ce qu’on fait avant de pouvoir s’y investir à 100 %."
"Actuellement, je pense m’investir à 100 % et je continue d’essayer, mais la façon dont je me pousse à donner le meilleur de moi-même n’est pas très saine en ce moment, car je ne prends pas de plaisir à ce que je fais."
"Et maintenant, on pourrait facilement me dire : ’Oui, tu as gagné tellement de championnats et de courses, et maintenant tu te plains juste parce que la voiture n’est pas performante’. On peut le voir comme ça, mais je vois les choses différemment."
"J’ai plein d’autres projets qui me passionnent. Les courses GT3. Non seulement je participe aux compétitions, mais je m’occupe aussi de l’équipe. C’est vraiment agréable et stimulant de construire ça. Et je souhaite vraiment développer davantage ce projet dans les années à venir."
"Ce n’est pas comme si je m’arrêtais là et que je n’allais plus rien faire. Je continuerai à m’amuser. Et je m’amuserai aussi dans plein d’autres choses dans ma vie."
"Mais c’est un peu triste, pour être honnête, qu’on en parle. C’est comme ça. Inutile de me plaindre. Je m’en sortirai."
Sa course à Suzuka a illustré ses difficultés actuelles. Englué dans le trafic, Verstappen n’a pas été en mesure de suivre le rythme de l’Alpine de son ancien équipier Pierre Gasly.
Une scène a particulièrement marqué : sur la ligne droite principale, le Néerlandais a été dépassé sans résistance par le Français, allant jusqu’à lui faire un signe de la main, dans un moment presque comique. Un geste qu’il assume : "D’un coup, je suis à 50 km/h de moins ici. Je comptais les tours : quinze à faire, dix, encore cinq… allez ! Voilà," raconte-t-il avec un sourire.
"J’étais déjà bloqué derrière lui en Chine. Là-bas, j’étais coincé derrière beaucoup de voitures. On ne peut pas vraiment dépasser correctement. Oui, on peut dépasser, mais ensuite on n’a plus de batterie pour la suite."
Face à cela, Verstappen tente de relativiser : "J’essaie d’en rire, parce qu’être frustré tout le temps n’aide pas non plus."
La pause d’avril sera également l’occasion de discussions sur d’éventuelles évolutions réglementaires avant Miami. Une réunion est prévue le 9 avril à Londres entre la F1, la FIA et les équipes. Une perspective que Verstappen accueille avec espoir : "J’en espère beaucoup, parce que nous avons beaucoup de problèmes."
"J’espère que les voitures deviendront un peu plus faciles à piloter. La course était globalement la même que les qualifications. Bien sûr, j’ai un peu remonté, mais c’est tout."
"Les patrons de la F1, ils savent ce qu’ils ont à faire, c’est tout ce que je peux dire."