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Wolff : Il faut garder les pieds sur terre avec Antonelli

"Il y aura encore des moments cette année où il fera des erreurs"

Par Franck Drui - 19 mars 2026 - 07:25
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La première victoire en F1, avec Mercedes, de Kimi Antonelli au Grand Prix de Chine n’est pas seulement une victoire de plus dans les livres d’histoire : c’est un signal fort envoyé à l’ensemble du paddock. À 19 ans, l’Italien a non seulement décroché son premier succès en Formule 1, mais il l’a fait avec autorité, confirmant un potentiel que beaucoup pressentaient et que certains continuaient de questionner.

En réalisant ce week-end parfait, Antonelli est devenu le deuxième plus jeune vainqueur de Grand Prix de l’histoire, au lendemain d’un autre exploit : celui de devenir le plus jeune poleman. Une performance fondatrice, qui marque son passage à l’âge adulte dans la discipline reine et qui vient récompenser une progression déjà impressionnante.

Ce succès a également valeur de réponse. Depuis son arrivée éclair en Formule 1, Antonelli fait l’objet d’une attention particulière. Promu directement chez Mercedes pour succéder à Lewis Hamilton, le jeune Italien avait suscité de nombreuses interrogations, notamment en raison de son parcours atypique, sans passage par la Formule 3 et avec une seule saison en Formule 2.

Face aux critiques, Toto Wolff n’a jamais vacillé. Et il n’a pas manqué de le rappeler au moment du drapeau à damier.

"Il est trop jeune. On ne devrait pas le mettre dans une Mercedes. Il faut le placer dans une petite équipe. Il a besoin d’expérience. Regardez les erreurs qu’il fait. Voilà, Kimi. Victoire," avait lancé l’Autrichien à la radio, dans un message aussi ironique que cinglant à l’égard des sceptiques.

L’ascension d’Antonelli vers la Formule 1 a été aussi rapide que spectaculaire. Mais ses débuts n’ont pas été un long fleuve tranquille. Après un début de saison prometteur, une série de courses plus difficiles lors de la tournée européenne avait relancé les doutes.

Certains observateurs se demandaient alors si Mercedes n’avait pas brûlé les étapes. Les rumeurs liant l’équipe à Max Verstappen n’avaient rien fait pour apaiser les spéculations.

Mais la seconde moitié de saison 2025 a marqué un tournant. En nette progression, Antonelli a convaincu son équipe, au point d’obtenir une prolongation de contrat. Et avec cette victoire dès son 26e départ en Grand Prix, accompagnée déjà de cinq podiums, il commence à rendre pleinement la confiance qui lui a été accordée.

"Quand les choses vont mal, certains disent que c’était une mauvaise décision, que Mercedes a pris trop de risques," reconnait aujourd’hui Wolff. "Mais les critiques n’ont jamais été vraiment dures, car tout le monde reconnaît son talent."

"Il y avait beaucoup de voix, dans et hors du sport, qui disaient que c’était une erreur. Donc c’est agréable d’avoir une petite réponse. Mais ce n’est qu’une victoire."

"Ce sport est maniaco-dépressif. Aujourd’hui, tout va bien. Dans une semaine, au Japon, s’il met la voiture dans le mur, on dira qu’il est trop jeune. Donc il faut garder les pieds sur terre."

Car malgré son exploit, Antonelli est encore en pleine phase d’apprentissage. Le principal intéressé en est parfaitement conscient. Après sa pole position record, il reconnaissait devoir encore progresser dans la gestion du compromis risque/récompense.

Sa course à Shanghai, aussi impressionnante soit-elle - notamment avec une reprise du commandement après avoir perdu la tête face à Hamilton au départ - n’a pas été exempte d’erreurs. Une grosse frayeur en fin d’épreuve, avec un blocage de roues dans une épingle, aurait pu lui coûter cher.

Heureusement pour lui, son avance sur son équipier George Russell était suffisante pour conserver une marge d’environ cinq secondes à l’arrivée.

Pour Wolff, ces imperfections font partie intégrante du processus.

"Je lui ai dit que parfois, il n’est pas nécessaire de pousser à la limite absolue, que ce soit en essais libres ou en fin de course."

"Pour un jeune pilote, il est essentiel d’aligner les performances sans commettre d’erreurs. Cela demande un certain réglage. Comme les hauts et les bas que nous avons connus l’an dernier, il y aura encore des moments cette année où il fera des erreurs, parce qu’il est encore très jeune."

Mais les progrès sont déjà évidents, notamment sur le plan mental.

"On voit qu’il digère beaucoup mieux les échecs. Quand il est sorti de piste en EL3 en Australie, il n’a pas traîné ça en réunion. Il a dit : ’Ce n’était pas bon’, puis il est passé à autre chose. Il a analysé, compris, et mis ça de côté."

"On fait une erreur, on analyse les données, on trouve des réponses, et on range cela dans une boîte. C’est ce qu’il fait."

Au-delà de l’apprentissage, Wolff insiste sur un élément fondamental : le talent naturel.

"On peut apprendre beaucoup de choses en tant que pilote, mais on ne peut jamais apprendre la vitesse pure. Cela se voit immédiatement, dans toutes les catégories. Sous la pluie, en karting, certains enfants sont immédiatement rapides."

"Cela, on ne peut pas l’enseigner. Tout le reste, oui. Et lui, il l’a. Peu de pilotes l’ont. On peut gagner des courses sans cela, voire se battre pour un titre avec une bonne voiture, mais pour devenir un très grand champion, c’est indispensable."

"Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi la maturité, la personnalité, l’humilité, l’intelligence, l’empathie avec l’équipe. Il y a une vingtaine de facteurs."

En interne, la progression d’Antonelli s’accompagne d’un environnement exigeant, où la pression est constante.

"La manière dont il gère cet environnement sans pitié est très impressionnante," a souligné Wolff.

Sur le plan sportif, cette victoire le place désormais à seulement quatre points de Russell au championnat, relançant déjà les spéculations sur une possible lutte interne pour le titre.

Mais là encore, Mercedes temporise. Le père du pilote, Marco Antonelli, estime lui-même qu’il est trop tôt pour viser le championnat, une position partagée par Wolff.

"Comme je l’ai dit, je vois déjà les titres en Italie sur les chances de titre de Kimi. Ce n’est pas bon parce que des erreurs vont encore arriver, ce n’est encore qu’un enfant. Il est trop tôt pour parler du titre."

"Les deux pilotes ont les mêmes opportunités, mais pour lui, l’important est de continuer à grandir. Il a un coéquipier formidable, avec huit ans d’expérience en plus."

"George a encore un petit ascendant. Nous n’avons pas encore vu le tour parfait de Kimi en qualifications. Et en course, il n’y a pas encore eu de duel direct."

"Les meilleurs reconnaissent les meilleurs. Les deux sont désormais vainqueurs en Grand Prix, et font partie d’un cercle très restreint chez Mercedes. Il peut en être très fier."

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